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LA HONGRIE, HE L’ADRIATIQUE AU UANUIIE.
dans son admiration, un légat du Pape s’écriait : « C’est le paradis ter
restre! »
Visegrad avait commencé de devenir une demeure princière sous Robert
d’Anjou, fils de Charles Martel, à qui la Hongrie divisée avait offert le
trône. Quand ce prince épousa eu troisièmes noces une belle et jeune Polo
naise, Élisabeth, la cour de Visegrad brilla d’un vif éclat. Mais ce fut
sous le règne de Louis I er , fils de Robert, que Visegrad entra dans sa
période la plus florissante. Alors, de tous côtés, accoururent à la cour du
roi de Hongrie des artistes qui firent de cette résidence royale une chose
merveilleuse, comme le furent plus tard Versailles et Potsdam, et comme
l’avait été P Alhambra.
Le château renfermait trois cent cinquante chambres; deux rois avec leur
suite, plusieurs ducs et margraves étrangers pouvaient s’y loger à 1 aise
avec leurs gens. Et sur tous les sommets des montagnes d’alentour s’éle
vaient des châteaux splendides, des églises superbes, des pavillons de plai
sance au milieu des massifs d’arbres et de verdure. Quand Charles Robert
reçut les rois de Bohême et de Pologne, ce ne furent que fêtes et festins.
On vida cent quatre-vingts barriques de tokay. Et quand le roi de Bohême
quitta, en titubant sans doute, la table du château de Visegrad, son hôte
lui fit remettre cinquante pièces de vaisselle d argent, un jeu d’échecs d’un
travail sans prix, plusieurs selles richement ornées, une coupe d’or ci
selée, un poignard au manche orné de diamants et de perles. Tous les sei
gneurs polonais furent aussi comblés de présents.
Les jardins de Visegrad étaient célèbres dans l’Europe entière. Il s’y
donnait des tournois auxquels accourait la noblesse de tous les pays.
Sous Mathias Gorvin, le Charlemagne magyar, la résidence de Visegrad
fut encore agrandie et embellie. De majestueuses allées d’arbres condui
saient de la ville au château royal, et les collines environnantes avaient été
transformées en jardins, en vignobles et en vergers. Mathias avait fait
ériger une fontaine en marbre rouge, dans laquelle, au lieu d’eau, coulait
souvent du vin.
Après la mort de Mathias, la décadence commença pour Visegrad. En
1529, Soliman s empara de la ville, du château royal et de la forteresse, et,
jusqu’en 1684, 1 ancienne résidence des rois de Hongrie resta entre les
mains des infidèles.
Visegrad disparaît à son tour derrière un coude du fleuve; le paysage
change et prend une verte et tendre fraîcheur d’idylle : aux rochers désolés,
aux gorges abruptes, succèdent des plaines riantes, des prés et des vergers