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LA GUERRE DES BALKANS.
La Roumanie perdit la Bessarabie méridionale, eut en
échange les bouches du Danube et la Dobroudja jusqu’à la
hauteur de Silistrie.
Ces trois états furent proclamés absolument indépen
dants.
Mais voici le point essentiel des négociations de Berlin.
La nouvelle principauté de Bulgarie fut réduite au pays
compris entre le Danube et les Balkans, avec Sofia, et les
sources de l’isker d’une part, de la Strouma de l’autre. Elle
organiserait ses institutions politiques, sous la surveillance,
non pas exclusivement de la Russie, mais d’une commission
européenne. Elle resterait tributaire de la Turquie. Une
autre province, la Roumélie orientale, située au sud, sur
toute la vallée supérieure de la Maritza, avec Philippopoli,
aurait une administration autonome et un gouverneur chré
tien nommé pour cinq ans par le sultan avec le consente
ment des puissances.
La Macédoine fut rendue à la Turquie, qui forma encore
ainsi un territoire, étroit sans doute du nord au sud, mais
compact entre Constantinople et l’Albanie.
La Porte exprima, une fois de plus, la volonté de garantir
la liberté religieuse de ses sujets, « en y donnant l’extension
la plus large ». Le congrès prit acte de cette déclaration,
mit tous les établissements religieux de l’empire sous la
protection collective des grandes puissances, sous réserve
des droits particuliers de la France en Syrie et en Pales
tine, qui furent solennellement confirmés. Quand le prince
Gortchakof demanda par quelles mesures le congrès enten
dait assurer cette protection, on ne put se mettre d’accord ;
il ne convenait pas de limiter la souveraineté du sultan dans
l’administration de ses états.
De la crise de 1877-1878, l’Empire ottoman sortait singu
lièrement affaibli ; les populations musulmanes commen
cèrent à émigrer vers l’Asie en grand nombre. Le principe
de son intégrité, tant de fois affirmé et qui devait l’étre
encore, était outrageusement violé: le démembrement se
continuait. Les Turcs dès lors furent en droit de se défier
de toute intervention étrangère ; ils reportèrent l’origine de
leurs désastres à l’action de l’Europe chrétienne qui, sous
prétexte de réformes, avait énervé leurs plus fortes institu
tions. Ils s’y montrèrent désormais réfractaires, n’acceptè
rent les observations des grandes puissances que dans la
mesure où il eût été dangereux de les repousser, et leur