222
LA GUERRE DES BALKANS.
jusqu’au rempart de Trajan, y concentrèrent des troupes
nombreuses, pensant que la plus grande partie de l’armée
ennemie allait suivre le général Zimmermann. Ce n’était
qu’une feinte.
Cependant le grand-duc Nicolas avait fixé le principal
point de passage à Zimnitza, en face de Sistova, à l’endroit
où le fleuve se rapproche le plus des Balkans. Pour donner
le change, le tsar s’était porté de Ploiesci à Tumu-Magurele,
en face de Nicopolis, et les attachés militaires étrangers,
qui suivaient l’état-major russe, avaient été tous trompés
sur ses intentions. L’armée se rangea en silence en arrière
de Zimnitza, sous la direction des généraux Dragomirow et
Richter. Elle commença à passer sur des radeaux dans la
nuit du 26 au 27 juin ; elle ne trouva que quelques batail
lons turcs en face d’elle ; le général Skobelef, arrivé l’un
des premiers sur l’autre rive, les dispersa sans beaucoup de
peine. L’opération se continuait si aisément que le général
Dragomirow craignit un piège et se hâta de rejoindre
Skobelef. Les Turcs avaient abandonné Sistova : la ville fut
occupée sans coup férir le matin du 27 juin, et, les jours
suivants, l’armée russe franchit le Danube presque aussi
commodément que si elle avait été en pays ami. Le tsar
vint à Sistova le 28, y passa les troupes en revue, se rendit
à l’église au milieu d’un grand enthousiasme, par les rues
jonchées de fleurs, y entendit un Te Deum et communia.
Le 2 juillet, la cavalerie du général Gourko entra dans
Biela, sur la Jantra, et des éclaireurs partirent dans toutes
les directions à travers la Bulgarie, jusqu’au Vid à droite,
au Lom à gauche, aux Balkans vers le Sud. Toute cette
opération avait été conduite « avec une finesse et un talent
merveilleux ».
Qu’allaient faire les Russes ? La masse de l’armée otto
mane était concentrée dans le quadrilatère Routchouk-
Silistrie-Varna-Choumla, ainsi en face du général Zimmer
mann et sur le flanc gauche de la principale armée russe.
Fallait-il entreprendre la conquête de toutes ces places
fortes? Ce pouvait être long. Ce serait assurément peu bril
lant, et il importait, pour répondre à l’attente des popula
tions chrétiennes, de frapper fort et vite. L’état-major russe
se décida à tenter une pointe rapide à travers les Balkans,
sur Andrinople et Constantinople. L’entreprise fut confiée à
un admirable général de cavalerie, Gourko ; pendant qu’elle
s’accomplirait, le reste de l’armée, sous le grand-duc Nico-