256 L’EMPIRE COLONIAL FRANÇAIS
çaise… Ainsi s'avère, aujourd’hui encore, l’influence de
cette « Cour de Morée » dont le chroniqueur Villani a dit
qu’elle était « les délices des Latins » et où l’on parlait,
au début du quatorzième siècle, au témoignage du Catalan
Ramon Muntaner, « aussi bon français qu’à Paris ».
La persistance de notre lañgue nationale s’affirme
d’une façon beaucoup plus nette dans des pays qui, au
cours des temps modernes, furent d’abord colonisés et
mis en valeur par des gens partis de France, mais qui,
depuis, à une époque plus ou moins éloignée de nous,
ont conquis leur indépendance ou sont passés sous l’hégé-
monie d’une autre métropole. Sur les rives du Saint-
Laurent, où la canadienne province de Québec porta
jusqu’en 1760 le beau nom de Nouvelle-France, dans
les provinces — canadiennes aussi — de la Nouvelle-
Écosse et dans l’État américain du Maine, qui en est
limitrophe au sud, c’est-à-dire dans le pays que nos
aïeux des dix-septième et dix-huitième siècles appelaient
l’Acadie, en Louisiane enfin, et en particulier à la Nou-
velle-Orléans, qui conservent leurs noms officiels de
l’ancien régime, subsistent toujours des groupes de fran-
cophones, masses compactes ici, et là simples îlots en-
tourés d’une foule immense d’individus parlant un
autre langage.
Est-il besoin d’insister? Chacun connaît le « miracle
canadien », la merveilleuse histoire de ces 60 à 65 000 Fran-
çais que le déplorable traité de Paris abandonna en 1763
à l'Angleterre et qui sont actuellement, dans la vallée
du Saint-Laurent et aux alentours, près de 2 500 000,
conservant toujours leur vieux parler français, comme
aussi la religion catholique, le défendant avec énergie
contre tout empiétement, le cultivant avec amour, —
car il existe une véritable littérature canadienne-fran-