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LA GUERRE DES BALKANS.
locale composée d’indigènes, la fixation et la perception ré
gulière des impôts. Les consuls communiquèrent ces indica
tions à la Porte, qui, par un iradé du 2 octobre, promit
l’application à tout l’empire d’un plan général de ré
formes.
Cependant les troubles continuaient. Les Turcs furent
battus à Muratovitch le 12 novembre, à Plana le 2 décembre,
où 1.000 d’entre eux furent tués. Un nouvel iradé, le 12
décembre, promit l’organisation de conseils électifs où les
chrétiens pourraient prendre part à l’administration du
pays ; ils devaient aussi avoir une gendarmerie locale. Ils
n’y ajoutèrent pas confiance, marchèrent sur Niksitch,
place forte à la frontière septentrionale du Monténégro,
taillèrent en pièces une petite armée ennemie dans les dé
filés de la Duga, coupèrent la route de Raguse à Trébigne
pour empêcher l’arrivée de renforts turcs (janvier 1876). A
ces nouvelles, la Bulgarie elle aussi s’agitait; les jeunes
gens de ce pays émigraient en masse, allaient chercher des
armes en Russie, en Serbie. L’incendie menaçait de gagner
toute la péninsule des Balkans ; on pouvait craindre, en
réponse, une explosion du fanatisme musulman.
Le gouvernement autrichien en redoutait les suites, dont
la première devait être l’intervention de la Russie. Il prit
les devants, et, du consentement des cabinets de Berlin et
de Saint-Pétersbourg, il adressa au divan, le 30 janvier
1876, la note Andrassy : « Les Puissances entendent qu’il
soit mis un terme à une lutte ruineuse et sanglante, au
moyen de réformes. Il faut que la religion chrétienne soit
mise, en droit et en fait, sur le même pied que l’islamisme,
que le fermage des impôts soit à tout jamais aboli, que
l’exécution des réformes cesse d’être abandonnée à la dis
crétion des pachas, et, pour cela, que le contrôle de leur
administration soit confié à une assemblée locale composée
par moitié de chrétiens et de musulmans. »
Le Divan accepta les premières propositions de cette note;
il refusa, au nom de la souveraineté du sultan, de soumettre
son administration à un contrôle. D’ailleurs il ne fit rien
dans le sens de ses promesses.
De l’Herzégovine, l’insurrection se répandit en Bosnie. Le
chef Dukir enleva le village de Dubovic et en chassa les
Turcs. Sélim-pacha fut forcé de battre en retraite. Les gou
vernements de Serbie, de Monténégro armèrent et se
préparèrent à une intervention. Le prince Milan de Serbie