Full text : Les origines historiques des problèmes économiques actuels

08 LES ORIGINES HISTORIQUES DES PROBLÈMES ÉCONOMIQUES

— s’agitent et vont au-devant des désirs du roi et de Tournon.
Le nonce Gualterio, obligé de s’arrêter trois jours à Lyon,
écrit le 10 juin 1554 au cardinal del Monte (*) : « Quelques-uns
de ces marchands florentins projettent entre eux de faire une
bourse », entendez un fonds commun. « Ils disent que la
somme dont ils se taxeront pourra payer 2.000 fantassins pour
quatre mois. » Et Cosimo est averti par ses agents romains, le
7 juillet, que « la nation florentine de Rome, de Lyon, de
Venise et d’Ancône » — c’est-à-dire les bannis établis dans
ces quatre villes — « contribue à cette guerre pour
38.000 écus ».
Ehrenberg (?) a fait le compte de ces emprunts, qui permettront
 au Florentin Strozzi, maréchal de France, de faire la
guerre de Sienne, soit 523.000 écus prêtés par les Capponi, les
Rinuccini (non seulement ceux de Lyon, mais ceux de
Londres), les Guadagni, les Canigiani, les Salviati (ils prèteront
 encore près de 100.000 écus en 1555), plus 720.000 prêtés
 par les Hauts-Allemands et les Suisses, Ici encore les textes
sont d’accord avec la République de Bodin, qui dit que
Henri II « emprunta à 10, à 12, à 16 pour cent, comme il fit
l’an 1554 des Caponis, Albicis et participes d’Allemagne ». Il
décrit le mécanisme de l’inflation : l’intérêt était payable aux
quatre foires annuelles ; comme le roi ne le payait pas, cet intérêt
 était joint au capital. Aussi loin d’ « attirer plus d’argent
 » comme il l’espérait grâce à des intérêts élevés, le roi
perdait son crédit, car on commençait à prévoir qu’il ne pourrait
 jamais payer des intérêts qui se montaient en réalité à
18 %. Provisoirement, la situation était avantageuse pour ceux
qui avaient des dépôts productifs d'intérêts dans les banques
lyonnaises, et parmi lesquels se trouvaient des « princes el
seigneuries », cantons suisses, princes allemands et même
‘effet de la politique orientale de Henri ID), pachas et marchands
 turcs « soubs le nom de leurs facteurs ».
Bodin sait très bien que cette crise d’inflation est générale,
que l’empereur emprunte à 10, à 12 %, se servant des nouveaux
 emprunts pour éteindre les vieilles dettes, que la reine
d’Angleterre a emprunté en 1554 aux marchands allemands

(1) Ancen, Nonciatures, p. 37.
(2) T. IL, p. 304.
            
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