18 LES CRIGINES HISTORIQUES DES PROBLÈMES ÉCONOMIQUES
chaudières, des métiers et aussi des stocks d’une matière première
très coûteuse ; là des caractères ou du métal pour la
fonte, des papiers, de l’encre, des presses, des livres en magasin.
Cet outillage très compliqué ne peut se soumettre aux
règles corporatives, parce que des perfectionnements, des inventions
le modifient. Il peut se transporter, se léguer, se
donner en dot à l’occasion d’un mariage, il est susceptible de
se partager entre associés, soit pour un objet temporaire, soit
d’une façon permanente. Il commande une division du travail
très avancée. IL permet de recourir, pour certaines opérations,
à une main-d'œuvre qui n’a point passé par la filière
compliquée de l’apprentissage et du compagnonnage, maind'œuvre
féminine ou enfantine, peu payée ou pas payée du
tout, et qui pèse de tout son poids, pour l’abaisser, sur le ni
veau des salaires.
Ajoutons que la soierie et les autres industries somptuaires
— gaîterie, lingerie, etc. — travaillent pour un marché très
peu sûr, déjà asservi aux fluctuations de la mode. Tous les
moralistes du xvi° siècle sont d'accord là-dessus avec les ordonnances
royales. L’art typographique, lui, et par conséquent
la papeterie et la fonderie de caractères qui en dépendent,
doivent constituer des stocks, dont l’écoulement est, par nature,
irrégulier. Ces industries sont donc entraînées au régime
de la surproduction, et c’est surtout pour elles que se constitue
une armée de réserve industrielle. Notons que cette histoire
sera, au xvmn° siècle surtout, celle du coton, industrie
créée elle aussi en dehors des cadres corporatifs et réglementaires,
si bien qu’elle les fera éclater. Dans ces industries il y
a un prolétariat.
J'ai conté ailleurs, trop longuement pour y revenir ici, la
tragédie de l'imprimerie française, lyonnaise d’abord, puis
parisienne, à partir de 1539. Je voudrais seulement rappeler
les caractères particuliers de cette grève, qui durait encore,
avec des alternances de trêves et de luttes, en 1571. Toutes
modernes en sont les causes : révolte des ouvriers contre l’emploi
de la main-d’œuvre payée au-dessous du tarif ; insuffisance
des salaires, abus du truck system ; durée trop longue
de la journée de travail. Toute moderne est l’organisation des
grévistes, qui agissent en bandes, qui ont une caisse de grève,
qui obéissent à des meneurs, qui se livrent, hélas ! à des vio-