Full text : Les origines historiques des problèmes économiques actuels

60 LES ORIGINES HISTORIQUES DES PROBLÈMES ÉCONOMIQUES

Suitense. Les Bernois s'emparent même d’une saline comtoise
 en 1499, et qu’ils ne rendront qu’en 1502. La sage Marguerite,
 en 1514, ordonne de leur. donner satisfaction « pour
le bien et preservacion de son pays et comté de Bourgogne,
combien qu’elle y ait de la perte ». Car leur refuser serait
« par aventure les esmouvoir à y faire dommage » (*). On peut
juger par là de la gravité du problème.
Si nous passons au nord de l’Europe, un fait nous fera mesurer
 toute l'importance de ce commerce en Danemark (*). En
1534, le duc Albert de Mecklembourg envoie du sel à son plénipotentiaire,
 le chancelier Joachim de Jetzen, pour le vendre
en Danemark. Il aurait voulu conserver les bénéfices que cette
vente lui avait procurés pendant la guerre, et se passer de
l’intermédiaire des villes danoises et allemandes. Entre elles
et lui, il y a une lutte du sel.
Aux Pays-Bas, c’est-à-dire dans le grand centre de la pêche
européenne, cette question du sel prend une place de premier
 ordre. M. Goris, dans ses études sur Anvers (°), dit que
c’est l’une des « denrées-types, d’après les fluctuations de
laquelle lc sentiment populaire prévoyait les crises économiques
 ». Objet d’un intense trafic, le sel servait de fret de
retour aux navires qui revenaient du Sud. On l’entreposait
à Berg-op-Zoom à l’état brut, et 400 « salines 5» — entendons
par là des usines — s’occupaient à le raffiner. Dès 1557 il était
l’objet de tentatives de monopole d’Etat, dues à d’ingénieux
Italiens, que M. Goris nous a contées.

IT

Mais, au xvi° el au xvn° siècle, une nation jouit, sur le
marché du sel, d’une situation privilégiée, c’est la France.
Assise sur deux mers, elle fournit aux pêcheurs du Nord les
produits de ses marais salants. de l’Ouest, d’abord celui de
Noirmoutiers — le sel de la Baie, — puis de plus en plus celui
de Brouage. D’autre part, elle exploite sur la Méditerranée.
près d’Aigues-Mortes. les salins de Peccais

(*) La même question se pose avec les Vaudois. Voy. M. Brucuwr, Marguerite
 d’Autriche, p. 127.
(2) D. Somaren, Gesch. v. Dänemark.
(3) Les Colonies méridionales à Anvers, pp. 465-471
            
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