LES PROBLÈMES GÉNÉRAUX 355
et les faits semblent lui donner raison. C’est que, selon le
mot de Doutté, l’islamisation de l’Afrique noire et même
blanche n’a été souvent qu’une « islamisation par la
crainte » : crainte du conquérant musulman, sans doute,
mais aussi crainte du conquérant européen, resserrement
des groupements menacés autour de la seule idée qui
puisse leur tenir lieu d’esprit national : « Il semble, disait
Doutté, que le musulman ne prenne conscience de son
individualité religieuse qu’au contact d’une autre indivi-
dualité. » Aussi, dès que la crainte disparaît, dès que le
conquérant européen s’est fait admettre et qu’on se ras-
sure sur ses intentions, l'agriculteur ne tarde pas à se
débarrasser, au moins progressivement, de ce vêtement de
vuerre qui lui pèse aux épaules : 1l revient de lui-même, et
sans trop s’en apercevoir, à ses Vieux rites agraires et
familiaux, et l’on voit des régions entières se détacher
doucement et sans remords de l’emprise musulmane.
Faudrait-il conclure de tout cela que le prétendu « dan-
ver islamique » en Afrique est un mythe et que la « poli-
tique musulmane » est une invention de coloniaux affolés,
ignorants ou prétentieux? Assurément non; et nous
demandons instamment qu’on ne voie pas dans ces brèves
indications plus d’optimisme que nous ne voulons en
mettre. Nous nous efforçons d'opérer une différenciation
de l’Islam, mais nous ne prétendons nullement que cette
différenciation ruine toute unité, et nous reconnaissons
volontiers que l'Islam demeure, pour des influences peu
désirables, un véhicule ou, comme disent les médecins,
un « vecteur » possible.
Ce qui, du wioins, ressort clairement d’un examen de
l'Islam africain, c'est qu’il n’est pas homogène, partant,
qu'il suppose des traitements différents selon les régions
et qu’avant tout ilest nécessaire dele bien connaître sous