LA DÉFAITE DE NAPOLÉON.
95
de l’Autriche, lanceront d’innombrables petits vaisseaux
dans toutes les directions; la flotte de Toulon occupera la
Sicile; celle de Tárente jettera une armée en Égypte; celle
de Rochefort fera le tour de l’Afrique ; celle de Brest por
tera un corps de débarquement quelque part sur la côte
anglaise, ou en Irlande, ou dans la Tamise; les vaisseaux
marchands de l’Angleterre seront enlevés par une multiple
et insaisissable guérilla de corsaires. Elle sera enveloppée
dans un effroyable tourbillon ; elle sera frappée partout à la
fois, sans savoir où ni comment se défendre.
Et l’Empereur, établi à Tárente, se dressant sur la Mé
diterranée et sur le monde, comme le Dieu terrible des
batailles, maître du tonnerre, assistera là à l’humiliation de
l’Angleterre aux abois, épuisée, vaincue sans combattre.
Sinon, si elle refuse d’avouer son impuissance, les des
tinées s’accompliront: l’armée des nations franchira l’Eu
phrate, le Tigre, et, par-dessus l’Iran, sur les traces
d’Alexandre de Macédoine, elle ira d’une poussée renverser
l’empb-e anglais de l’Inde et changer à jamais la face de la
terre.
ni. — La défaite de Napoléon.
Comme il rêvait ainsi, — jusqu’à quel point était-il
dupe de son imagination? — il reçut la nouvelle de la ca
pitulation de Baylen : l’honneur de l’armée française atteint,
sa réputation d’invincible compromise, l’Espagne soulevée,
Joseph chassé de Madrid, tous les peuples récemment
vaincus frémissants de l’espoir de la vengeance, l’avenir
noir. L’Empereur fut un moment frappé de stupeur: était-ce
un avertissement de la fortune jalouse?
Il se ressaisit vite : il irait en Espagne ; en une campagne
d’un ou deux mois il écraserait l’insurrection, rétablirait
l’ordre; il reprendrait bientôt le grand dessein. Mais,
pendant qu’il serait à cette extrémité du continent, il fallait
que l’Europe centrale fût contenue, que personne n’en
profitât pour quelque soulèvement qui serait très grave en
ces circonstances. Il pensa au tsar pour « faire la police »
en Allemagne et en Autriche et hâta l’entrevue dont il avait
été question entre eux.
Elle eut lieu à Erfurt en septembre 1808. Les fêtes qui y
furent données furent très brillantes, plus brillantes que
celles de Tilsitt; mais, à cause des affaires d’Espagne, à