LES AFFAIRES DE CRÈTE.
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sentants des puissances laissent faire ? Ne peut-on plus
compter sur elles? Les insurgés chrétiens, qui sont campés
au-dessus de Halepa, arborent le drapeau hellénique, pro
clament l’annexion de leur patrie à la Grèce.
Le consul général de Grèce à La Canée, M. Gennadls,
envoie cette dépêche à son gouvernement; « Aucun espoir.
Tous les chrétiens seront massacrés ». Le ministère De-
lyanni communique cette dépêche aux députés ; ils se lèvent
tous dans une violente explosion de colère et de patriotisme :
la Grèce, en de telles circonstances, doit secourir ses frères
de la Crète; son abstention serait une lâcheté et un suicide.
Le gouvernement annonce aux puissances l’intention d’en
voyer en Crète le cuirassé Miaoulis et deux autres bâti
ments et de répondre à l’appel des chrétiens de Tile. Le
Laurium, chargé de munitions, y est aussitôt expédié. Le
prince Georges, second fils du roi, quitte Athènes au milieu
des manifestations les plus enthousiastes, pour conduire
une flottille de torpilleurs dans les eaux crétoises et empê
cher le débarquement des renforts turcs envoyés de Smyrne.
Il ne fit du reste rien d’important. Un cuirassé grec donne
la chasse au transport turc le Fuad, qui va de Candie à
Sitia et le force à retourner en arrière. Le 13 février, le
colonel Vassos est mis à la tête de trois bataillons, chargé
d’aller prendre possession de la Crète au nom du roi Georges
et d’en chasser toutes les garnisons turques. 11 y débarque
le 16 et ouvre aussitôt les hostilités autour de la Canée.
Toutes les troupes grecques sont mobilisées, les réserves
appelées, concentrées en Thessalie ; le prince Nicolas, troi
sième fils du roi, y va prendre le commandement de son
régiment d’artillerie.
En face, de l’autre côté de la frontière, les Turcs massent
des forces considérables sous le maréchal Edhem-pacha.
Mais les Grecs ont la plus grande confiance dans la bonté
de leur cause et le succès de leur entreprise, dont leur
ardeur patriotique leur aplanit les difficultés. Ils comptent
sur le soulèvement de la Macédoine, de l’Épire, de l’Al
banie peut-être. 300.000 Grecs à Constantinople sont prêts
à mettre le feu aux quatre coins de la capitale, à faire sauter
le trône du sultan, à venger les martyrs arméniens et cré-
tois. L’hellénisme va se lever tout entier, pousser à son
terme enfin la croisade du christianisme et de la civili
sation.
L’enthousiasme est tel à Athènes, l’effervescence si extra-