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MAHMOUD ET MÉHÉMET.
s’arrêter ; il est reçu, avec ses officiers, par le capitaine
Osman, introduit dans la chambre de celui-ci, et, toutes
portes closes, les voix basses, on l’informe qu'Achmet-pacha
est résolu à livrer toute sa flotte au pacha d’Égypte, on
l’invite à joindre un de ses navires à ceux du capitan-pacha.
L’amiral se retire; les officiers échangent des politesses
banales et les Anglais rient de l’impuissance de la France à
empêcher la défaite prochaine de Méhémet-Ali. La flotte
reprend sa route, toujours dirigée par la Vanguard. Quel
ques jours après, sous les yeux des officiers anglais stupé
faits, la flotte turque entrait dans le port d’Alexandrie ; ses
vaisseaux se mêlaient pacifiquement à ceux du pacha
d’Égypte, qui embrassait Achmet incliné devant lui. On
imagine la colère des Anglais : elle se retrouva bientôt dans
la politique de leur gouvernement à l’égard de l’Égypte et
de la France,
Dès lors, le Divan se montra disposé à traiter ; lui aussi
préférait des négociations à la dangereuse protection de la
Russie. Méhémet demandait l’hérédité de tous ses domaines
d’Égypte et de Syrie. Les Turcs ne voulaient lui reconnaître
que l’Égypte, consentaient à lui laisser la Syrie en viager.
Mais évidemment ce n’était pas la dernière limite de leurs
concessions, et il était probable qu’ils en passeraient parles
volontés du vainqueur : ce qui aurait été un brillant succès,
non seulement pour Méhémet, mais pour la diplomatie fran
çaise qui le soutenait, un grave échec pour la Russie et
l’Angleterre.
Lord Palmerston, alors gérant du Foreign Office, ne
voulait pas le permettre. 11 était de ces ministres de la
Grande-Bretagne auxquels la haine de la France a tenu
lieu de génie ; il y était encouragé par l’opinion de son pays,
car ceux-là ont toujours été les plus populaires en Angle
terre. 11 était soutenu en cette occasion par le chancelier
autrichien, M. de Metternich, qui craignait que le sultan
n’appelât encore une fois les troupes russes à son secours.
Ce fut M. de Metternich qui prit l’initiative de la note col
lective remise le 27 juillet au gouvernement turc par les
ambassadeurs des grandes puissances; « Les soussignés,
conformément aux instructions de leurs gouvernements
respectifs, ont l’honneur d’informer la Sublime Porte que
l’accord entre les cinq grandes puissances sur la question
d’Orient est assuré, et qu’ils sont chargés de l’engager à
s’abstenir de toute délibération définitive sans leur concours.