Full text: Compte rendu des travaux de la Chambre Syndicale pendant lʹannée 1926

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En même temps, chacun d’eux se rappelle que pendant la 
guerre les transports étaient difficiles, onéreux, meurtriers ; 
le souvenir est resté cuisant des sacrifices consentis pour 
constituer les approvisionnements nécessaires et improviser 
les moyens de production défaillants. Hantée par ces craintes 
et par ces souvenirs, chaque nation a cherché à constituer un 
tout économique, à ne plus demander aux voisins que les 
produits absolument indispensables. Le résultat, c’est qu’on 
a vu se constituer une sorte d’économie artificielle qui entrave 
les échanges et fausse les relations de peuple à peuple. 
Si vous considérez par exemple, les pays de l’Europe Cen- 
trale provenant du démémbrement des anciens territoires de 
l’Autriche-Hongrie, vous voyez que sur les débris de cet empire 
se sont constituées des nations nouvelles dont chacune cherche 
à être indépendante de la voisine. L’Autriche n’est plus qu’une 
‘ête sans corps ; la Hongrie, pays de productions agricoles, est 
privée de ses forêts ainsi que de ses principales industries. Eh 
bien ! chacun de ces malheureux lambeaux de pays essaye de 
devenir un tout, une unité indépendante et de s'affranchir du 
voisin. C’est le système que les Américains appellent le « Self 
sufficient Unit », et que les Allemands désignent sous le nom 
dl’autarchie. 
De là, surproduction et par suite édification de barrières à 
seu près infranchissables : car chacun de ces pays, pour 
défendre ses industries, augmente les droits de douane et 
s’oriente vers un système de protectionnisme qui fait qu’on 
ne laissera plus passer les produits du pays voisin que 
moyennant de lourdes contre-parties. 
Et c’est ainsi que l’on est entraîné peu à peu à concevoir le 
‘arif douanier non plus seulement comme un moyen de 
compensation des charges de l’industrie nationale à l’égard des 
industries concurrentes, mais comme un élément de troc, et 
pour tout dire un instrument destiné à permettre la discussion 
des traités de commerce. 
[ci encore nous avons eu d'assez grosses déceptions. 
Dans les derniers mois de l’année 1918, dans l'ivresse de la 
victoire qu’on voyait approcher, et aussi dans l’illusion que Îe 
iront unique ne se disloquerait pas aussitôt, la France a cru 
pouvoir modifier sa politique de relations économiques. 
C’est alors qu’au mois de septembre 1918 elle a dénoncé 
fous ses accords commerciaux, si bien qu’aujourd’hui nous 
vivons encore dans ce régime provisoire de traités de commerce 
lénoncés avec tous les pays du monde et qui sont renouvelés 
par tacite reconduction de trois mois en trois mois.
	        
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