Full text : La question d'Orient depuis ses origines jusqu' à nos jours

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L’INDÉPENDANCE  DE  LA  GRÈCE.

3  février  1830  décerna  cette  couronne  à  Léopold  de  Saxe
Cobourg-Gotha.  Celui-ci  hésita  longtemps,  demanda  une
extension  de  frontière,  reçut  un  refus,  refusa  d’aller  régner
en  Grèce.  Enfin,  à  cette  nation  habituée  depuis  des  siècles
à  l’activité  de  la  vie  municipale,  on  donna  une  organisation
européenne,  une  hiérarchie  administrative  imitée  de  celle
de  la  France,  avec  préfets,  sous-préfets  et  maires;  à  ce
peuple  de  tout  temps  amoureux  de  liberté,  fier  de  son  nom
et  des  gloires  de  sa  race,  fervent  dans  l’orthodoxie,  on  donna
pour  roi  un  Bavarois  catholique,  Othon,  fils  du  roi  Louis.
Du  moins,  le  nouveau  royaume  obtint  enfin  la  frontière  du
golfe  d’Arta  (mai  1832).
Il  n’est  pas  jusqu’à  la  France,  la  plus  désintéressée  des
puissances  européennes  en  cette  affaire,  qui  n’ait  cherché  à
en  tirer  un  avantage  positif.  Rentré  dans  le  concert  européen ­
  en  1823,  comme  exécuteur  des  œuvres  de  la  Sainte-Alliance
  en  Espagne,  le  gouvernement  français  avait  joué
en  Grèce  un  plus  noble  rôle.  Il  avait  opéré  la  délivrance  de
la  Morée  et  n’en  avait  pas  réclamé  le  paiement.  Mais  il  y
avait  trouvé  l’occasion  d’un  rapprochement  avec  le  gouvernement ­
  russe.
Le  tsar,  en  effet,  avait  aisément  senti  l’hostilité  secrète
de  l’Angleterre  et  de  l’Autriche.  Il  avait  la  conscience  que
sans  elle  il  aurait  obtenu  de  ses  victoires  d’autres  profits.  Il
recherchait  donc  l’appui  de  la  France,  sûr  qu’elle  ne  ferait
pas  à  la  Russie  la  même  opposition  qu’au  xvm®  siècle,  ses
intérêts  n’étant  plus  prépondérants  dans  le  Levant.  Le  gouvernement ­
  français  voyait  dans  l’alliance  russe  le  moyen
d’étendre  les  frontières  du  pays  vers  le  nord  et  de  guérir
ainsi  les  plaies  de  1815.  C’était  surtout  l’idée  des  ultras,  que
le  trône  des  Bourbon  serait  singulièrement  consolidé  par
cette  gloire  qui  effacerait  l’éclat  de  la  légende  napoléonienne.
Chateaubriand  écrivit  un  mémoire  à  ce  sujet:  «  Nous
voulons  avoir  la  ligne  du  Rhin  depuis  Strasbourg  jusqu’à
Cologne.  Jamais  l’Autriche,  jamais  l’Angleterre  ne  nous  la
donneront;  nous  ne  pouvons  compter  que  sur  la  Russie  ».
M.  de  Martignac,  en  1828,  confia  le  ministère  des  affaires
étrangères  à  M.  de  la  Ferronnays,  ambassadeur  depuis
plusieurs  années  à  Saint-Pétersbourg,  ardent  partisan  de
l’entente  franco-russe.  Il  entretint  avec  le  tsar  des  négociations ­
  très  suivies  au  printemps  de  1829;  l’armée  de  Diébitch
marchait  sur  Constantinople  à  travers  les  Balkans  ;  touchant
au  but,  Nicolas  I®'’  redoutait  une  intervention  de  l’Autriche,
            
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