90
LA HONGRIE, DE L’ADRIATIQUE AU DANUBE.
d’un poëte, étaient silencieuses et formaient çà et là de gros paquets noirs,
informes. Les haies, couvertes de draperies de liserons et d’aristoloches,
semblaient tendues d’un crêpe. Dans les hautes herbes, quelques vers lui
sants allumaient leur petite lanterne, comme des personnes prudentes.
Tout à coup la porte d’une gostina (cabaret) s’ouvrit, et deux ombres se
détachèrent du seuil éclairé. Puis la porte se referma, tout rentra dans la
nuit; mais, sous les arceaux de la forêt, une voix vibrante s’éleva, à laquelle
une seconde voix plus douce, plus pénétrante, s’unit, d’où il en résulta un
duo délicieux. On aurait dit une fauvette et un rossignol qui chantaient.
Les deux voix s’éloignaient à mesure que je marchais.
Et, en bas, au pied de la colline, les toits d Agram montaient comme
une marée argentée, tandis qu’au bout du chemin, entre les branches
mortes d’un arbre, les deux cornes recourbées de la lune se dressaient
comme une apparition diabolique.
•.
--¿A*
— 1 z—
¿m
^sattr