Full text : La Hongrie de l'Adriatique au Danube

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LA  HONGRIE

un  autre  proverbe,  ont  les  cheveux  longs  et  le  jugement  court.  Elles  sont
l’herbe  :  les  hommes  sont  le  blé.  »
Interrogez  par  exemple  un  Monténégrin  sur  le  sexe  de  son  enfant  :  si
c’est  une  fille,  il  vous  répondra  d'un  ton  honteux  ou  plein  de  dépit  :  «  Pardonnez-moi, ­
  ce  n’est  qu’une  fille.  »
La  naissance  d’une  fille  est  regardée  comme  une  calamité,  un  châtiment
du  ciel,  chez  tous  les  Slaves  du  Sud.
Dans  la  capitale  de  T  Herzégovine,  à  Gettinje,  où  règne  cependant  un
prince  élevé  à  Paris,  quand  un  étranger  entre  dans  une  maison,  les  femmes
viennent  humblement  lui  baiser  la  main.  L’homme  s’est  fait  la  part  du  lion;
une  malheureuse  femme,  hors  d’elle-même,  menace-t-elle  son  mari,  les
lois  monténégrines  la  punissent  de  mort.  Qu’un  homme  ne  soit  pas  satisfait
de  son  mariage,  la  loi  l’autorise  à  renvoyer  sa  femme.  Une  femme  qui  vole
son  mari  est  punie  de  la  prison  pour  la  première  fois;  s’il  y  a  récidive,  on
lui  donne  la  bastonnade;  son  mari  peut  se  séparer  d’elle,  mais  elle  n’a  pas
le  droit  de  se  remarier.  —  Quand  il  y  a  des  garçons,  les  filles  n’ont  aucun
droit  à  b  héritage  paternel.
Dans  ces  provinces,  jadis  soumises  aux  Turcs,  les  hommes,  en  s’affranchissant, ­
  non-seulement  n  ont  pas  affranchi  la  femme,  mais  ils  l’ont  réduite
à  une  condition  plus  dure  que  celle  des  femmes  des  harems,  qui,  elles,  du
moins,  ne  succombent  pas  sous  un  travail  au-dessus  de  leurs  forces.
Gomme  je  flânais  au  milieu  de  la  foule,  tout  à  coup  les  airs  d’une  joyeuse
fanfare  retentirent  à  1  extrémité  de  la  place.  Il  y  eut  parmi  les  curieux  un
biusque  mouvement  de  flux  et  de  reflux,  et  ]e  me  sentis  enlevé  par  le  flot.
Je  a  is  alors  défiler  le  cortege  de  la  fête  :  derrière  la  musique  marchait  la
société  de  gymnastique  des  «  Sokoli  1  »  ;  puis  venaient  diverses  sociétés  de
chant,  les  autorités  municipales,  le  corps  des  sapeurs-pompiers  et  les  ingénieurs. ­
  Le  ban  arriva  ensuite  dans  son  équipage  de-féerie,  comme  le  Chat
botté,  avec  des  laquais  devant  et  derrière,  un  cocher  poudré,  emplumé,
galonné,  botté  et  éperon  né  ;  le  général  de  place  vint  aussi  en  voiture,  et  l’éloquence ­
  coula  sous  la  tente  de  verdure,  en  flots  si  pressés  et  si  abondants,
que  la  fontaine  en  eut  l’eau  à  la  bouche  et,  n’y  tenant  plus,  jaillit  en  belles
gerbes  qui  retombèrent  en  volutes  et  en  spirales,  au  milieu  des  applaudissements ­
  et  des  bravos  de  tout  le  monde.
La  musique  joua  de  nouveau;  le  bau  et  le  commandant  de  place  remontèrent ­
  en  calèche,  et  le  cortège  s’en  retourna  en  traversant  la  place  dans
toute  sa  longueur,  à  la  grande  joie  des  paysannes,  qui  ouvraient  de  grands

1  Jeunes  faucons.
            
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