Full text : La Hongrie de l'Adriatique au Danube

DE  IvADRIATIQUE  AU  DANUBE.

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tueuses,  mais  des  petits  chemins  qui  sentent  bon  et  parlent  bas;  pas  de
parterres  étalant  leur  richesse  tapageuse  de  parvenus,  mais  la  nature  telle
qu’elle  est,  belle,  franche,  souriante,  naïve;  presque  un  fouillis  de  plantes
et  d’arbustes,  entrecoupé  ici  par  un  parterre  de  pensées  aux  pétales  arrondis, ­
  à  fond  chatoyant  comme  le  velours;  là,  par  des  glaïeuls  éclatants  de
coloris,  des  pétunias  rose  uni  veinés  de  pourpre,  des  balsamines  et  des
reines-marguerites.  Au  milieu  de  toutes  ces  plantes  croissant  en  liberté
comme  dans  une  république  horticole,  où  les  fleurs  les  plus  humbles  et  les
plus  communes  ont  autant  de  soleil  que  les  plus  nobles,  je  découvris  cette
petite  saxifrage  au  feuillage  élégant,  aux  corolles  blanches  ponctuées  d  un
rouge  vif,  si  française  de  forme  et  de  nuance,  et  qui  fait  le  désespoir  des
peintres.  Elle  vient  des  départements  du  Nord,  où  les  paysans  l’ont  si  gentiment ­
  surnommée  :  «  Plus  je  vous  vois,  plus  je  vous  aime.  »  Pour  ceux  qui
sont  loin  de  la  patrie,  c’est  la  douce  fleur  du  souvenir  :  plus  on  la  voit,  plus
on  aime  la  France.
Dans  des  alcôves  de  feuillage  sombre,  des  roses  mettaient  des  couleurs
de  coquillages.  C’étaient  la  Donee  Aurore,  la  Vierge  de  Lemnos,  l’Étoile  du
Nord,  la  Coquette  de  Bellevue,  la  Bose  Solitaire  et  la  Bose  Hyménée.
L’air  qui  nous  entourait,  imprégné  des  parfums  les  plus  suaves  et  des
odeurs  capiteuses  de  la  menthe,  du  réséda,  de  la  sauge,  du  thym,  de  la
lavande,  de  la  giroflée  jaune  et  de  l’hysope,  était  plein  d’une  délicieuse  griserie. ­

Une  allée,  ombragée  d’une  treille  en  berceau,  nous  conduisit  dans  un
bouquet  de  bois  au  milieu  duquel  nous  trouvâmes  un  kiosque  rustique  à
demi  enseveli  sous  des  plantes  grimpantes  aux  festons  capricieux.  C’est  dans
cet  ermitage  à  la  Jean-Jacques  que  M.  X...  vient  philosopher  avec  ses  hôtes,
après  dîner,  ou  rimer  quelque  sonnet,  quand  il  est  seul  et  que  la  Muse  des
bocages  lutine  ses  cheveux  blancs.
Nous  revînmes  au  château  en  traversant  le  potager,  au  milieu  duquel  de
longues  files  de  choux  pommés  semblaient  méditer  sur  leurs  fins  dernières,
comme  tonte  une  rangée  de  crânes  chauves  de  professeurs  allemands.  Le
long  des  plates-bandes,  des  potirons  étalaient  entre  des  touffes  de  feuilles
poilues  leur  ventre  jaune  et  poli  de  mandarin,  et  des  concombres  se  recourbaient ­
  comme  de  larges  cimeterres.
Après  le  premier  déjeuner,  composé  de  café  au  lait,  de  miel  et  de  beurre,
M.  X...  nous  conduisit  à  un  clan  voisin,  —  le  clan  Borovêz,  où  il  avait  a  voir
un  malade.  Il  n’y  a  pas  de  médecin  dans  la  contrée;  et  c’est  à  M.  X...  que
tous  les  paysans  ont  recours  en  cas  de  maladie.
Malgré  les  lois  votées  en  1871  par  la  diète  d’Agram,  lois  en  vertu  des-
            
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