Full text : La Hongrie de l'Adriatique au Danube

LA  HONGRIE

20  V
où  s’étale  une  précieuse  collection  de  pipes,d’écume,  et  il  le  prie  de  choisir
celle  qui  lui  plaît.
—  Je  vous  servirai  d’interprète,  me  dit  M.  L...;  posez  les  questions  que
vous  voudrez.
—  Dites  au  vieux,  répondis-je,  de  me  raconter  quelle  était  la  vie  du
paysan  hongrois  avant  son  émancipation.
M.  L...  transmit  ma  question  au  vieillard,  qui  me  répondit  avec  cette
admirable  facilité  d’élocution  qui  fait  de  tout  Hongrois  un  tribun  ou  un
avocat  :
—  Dans  le  bon  vieux  temps,  le  paysan  hongrois  était  maltraité  par  ses
maîtres  avec  une  brutalité  tout  allemande.  Aussi,  au  seizième  siècle,  une
révolte  terrible,  une  jacquerie  éclata  parmi  eux,  et  l’on  en  fit  périr  plus  de
cent  mille  dans  les  supplices  les  plus  atroces.  Sous  l’empereur  Joseph  et
sous  Marie-Thérèse,  le  servage  fut  aboli,  et  une  loi  fut  promulguée  qui
donna  aux  paysans  la  libre  disposition  de  leur  personne.  Ceux  qui  étaient
mécontents  de  leurs  maîtres  pouvaient  les  quitter  et  s’établir  sur  les  terres
d’un  autre  seigneur,  moyennant  un  avertissement  de  six  mois.  Le  seigneur
fut  aussi  obligé  d  abandonner  au  paysan  une  certaine  quantité  de  terre,
mais  il  s’arrangeait  toujours  pour  ne  céder  que  la  plus  mauvaise;  en
échange,  le  paysan  faisait  tant  de  jours  de  corvée.  Le  soir,  au  coucher  du
soleil,  quand  il  rentrait  accablé  de  son  travail,  à  peine  s’était-il  étendu  sur
sa  paillasse  que  les  belduques  —  on  donnait  ce  nom  aux  gendarmes  particuliers ­
  du  magnat  —  venaient  frapper  avec  leur  bâton  à  la  cabane  du
paysan  etY  avertir  que  le  lendemain,  s’il  ne  se  trouvait  pas  avant  le  jour
sur  les  terres  seigneuriales,  on  le  condamnerait  à  la  prison  ou  à  la  bastonnade. ­
  En  outre,  le  paysan  était  astreint  à  plusieurs  journées  de  charroi  :  il
devait  aussi  aller  couper  du  bois  dans  les  forêts,  accompagner  en  qualité  de
traqueur  le  seigneur  dans  ses  chasses,  payer  un  florin  d’impôt  pour  chacune
de  ses  cabanes,  et  livrer  chaque  année  aux  cuisines  du  château  deux
poulets,  deux  chapons,  dix-neuf  œufs  et  cinq  livres  de  beurre
Si  le  seigneur  se  mariait,  ou  mariait  une  de  ses  filles,  chacun  de  ses  paysans ­
  lui  devait  quarante-deux  kreutzers,  ou  des  vivres  à  moitié  prix.  Si  le
seigneur  était  prisonnier  de  guerre,  les  paysans  étaient  obligés  de  se  cotiser
pour  payer  sa  rançon.  Le  seigneur  allait-il  à  la  Diète,  le  paysan  lui  payait
l’impôt  de  la  Diète,  c’est-à-dire  une  somme  d’argent  suffisante  à  son  entretien. ­
  Le  paysan  avait-il  de  l’eau-de-vie  à  distiller,  il  devait  deux  florins  par
chaudière  ;  enfin  de  toutes  ses  récoltes  le  dix-neuvième  appartenait  au
seigneur,  le  dixième  au  clergé,  et  la  même  dîme  se  prélevait  sur  ses  abeilles,
ses  brebis,  ses  chèvres  et  ses  cochons.
            
Waiting...

Note to user

Dear user,

In response to current developments in the web technology used by the Goobi viewer, the software no longer supports your browser.

Please use one of the following browsers to display this page correctly.

Thank you.