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DE L'ADRIATIQUE AU DANUBE. 231
vivent comme la plante, sans autre but que celui de se reproduire et sans
autres aspirations que celles de ne pas mourir de froid ou de faim. Un pro
verbe hongrois dit : « Leur église a été construite avec du lard; les chiens
l’ont mangée. »
Malgré leur piété pour les morts, ils ne croient pas à 1 immortalité de
l ame. Api mutende! (Par les morts!) est chez eux un serment sacré. Un
Tzigane ne passe jamais auprès de la tombe d’un des siens sans y répandre
quelques gouttes de bière, d eau-de-vie ou de vin. Ils ne sont pas même
païens, puisqu’ils n adorent rien. Ils n ont que quelques pressentiments
vagues de bonheur ou de malheur lorsqu’ils rencontrent certains oiseaux
ou qu’ils entendent le tonnerre. Ils regardent la terre comme la source de
tons les biens, et la considèrent comme un objet sacré. Ils se font sur
le Dieu des chrétiens les idées les plus extravagantes; ils croient que Dieu
le Père est mort, et que c’est son fils qui lui a succédé. « J’ai assisté, dit
llichard Liebich 1 , à une singulière controverse qui s’éleva un jour a
ce sujet entre un Tzigane et sa femme. Celle-ci prétendait que Dieu le
Père n’avait qu’abdiqué entre les mains de son fils, et qu’il vivait encore,
tandis que l’homme affirmait que Dieu le Père était mort, et qu'un jeune
dieu qui n’était pas son fils, mais l’enfant d’un charpentier, avait usurpé
son trône. »
Cette confusion enfantine des notions les plus élémentaires du christia
nisme s’explique par la facilité et h in différence avec lesquelles les Tziganes
adoptent la religion du pays où ils se trouvent.
Ils changent de religion plus souvent que de chemise, attendu que celle-ci
leur manque ordinairement. Sont-ils parmi des catholiques? si on leur pro
met quelque cadeau, ils se font vite baptiser et fréquentent les offices. S ils
vivent parmi les musulmans, ils mettent le même empressement à subir la
circoncision. Le Tzigane nomade est aujourd’hui luthérien ou calviniste;
demain, il sera catholique; et après-demain, grec orthodoxe. Tout dépend
de son étape et du prix qu’on met à sa conversion. Ses enfants ont tous été
baptisés quatre ou cinq fois, dans des villages de religion différente.
On raconte qu une famille tzigane édifiait , dans un village valaque, tout
1° monde par sa piété. Le père, la mère et les enfants s’approchaient chaque
dimanche de la sainte table et prenaient la communion sous les deux
espèces. Le pope, qui avait reçu de la châtelaine un excellent tokay poul
ie distribuer aux fidèles, conçut quelques soupçons sur la sincérité de tant
de zèle. Le dimanche suivant, il offrit aux Tziganes un mélange de vinaigie