Full text : La Hongrie de l'Adriatique au Danube

LA  HONGRIE,  DE  L’ADRIATIQUE  AU  DANUBE.

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chaîne  du  Monte-Maggiore,  qui  ressembla  un  moment  à  une  Babvlone  aux
coupoles  de  topaze  et  de  saphir;  la  mer  prit  une  teinte  indécise,  éblouissante, ­
  puis,  graduellement,  les  sinuosités  des  rives  s’estompèrent,  l’eau  se
figea  dans  une  immobilité  grise.  Tout  le  monde  sauta  alors  en  voiture,
ou  s’empila  dans  un  tramway  recouvert  d’une  bâche,  et  s’en  alla  souper  et
finir  la  soirée  dans  un  immense  jardin-brasserie  de  banlieue,  ou  la  bière
coule  au  son  ties  valses  de  Verdi,  de  Bellini  et  de  Strauss,  où  les  côtelettes
et  le  macaroni  se  colorent,  sur  vos  assiettes  blanches,  des  reflets  vermeils
des  feux  de  Bengale  et  des  feux  d  artifice  éclairant  magnifiquement  les
vastes  rangées  de  terrasses  epii  tournent  vers  la  mer  leurs  bouquets  d’arbres
et  leurs  corbeilles  de  fleurs.
C’est  la  municipalité  qui  a  donné  ce  parc  à  un  restaurateur  habile,
chargé  d  entretenir  la  gaieté  chez  les  Fiumans.  Dans  la  partie  supérieure  du
Giardino  Publico,  qui  est  boisée,  des  allées  et  des  chemins  se  croisent  et
s’entre-croisent  avec  des  caprices  et  des  fantaisies  de  labyrinthe.  Une  nuit
épaisse  tombe  des  branches  noires  et  touffues  des  sapins;  la  brise  vous  apporte
des  senteurs  de  citronniers  et  d’orangers;  et,  tout  au  bout  des  avenues,  dans
des  ronds  de  ciel  bleuâtres  et  argentés,  ou  voit,  comme  au  milieu  d’un
nimbe,  les  promeneurs  qui  passent  lentement  et  s’évanouissent,  pareils  à
des  visions.
Géographiquement  et  politiquement,  j’étais  en  Hongrie  depuis  le  matin,
mais  jusqu’ici  je  n  avais  pas  aperçu  le  plus  petit  bout  de  brandebourg  et  de
moustache  magyars.  Autour  de  moi,  ou  u  avait  parlé  qu’italien.  Enfin,  en
rentrant  à  mon  hôtel,  à  onze  heures,  je  découvris  un  coin  de  Hongrie  :  un
orchestre  de  Tziganes  aux  belles  têtes  basanées,  aux  longs  cheveux  bouclés,
aux  yeux  étincelants,  aux  dents  polies  et  pointues  comme  celles  de  jeunes
loups,  et  aux  costumes  autrement  pleins  de  caractère  que  les  uniformes  de
garde  civique  des  Tziganes  de  T  Exposition  de  Paris.
Pauvres  Tziganes!  ils  étaient  là,  sur  le  sol  de  la  patrie,  ils  jouaient  des
valses  divines,  ils  raclaient  leurs  violons  avec  une  frénésie,  un  brio,  un
entrain  de  tous  les  diables,  mais  il  n’y  avait  pas  un  Fiuman  pour  les  entendre,
ni  une  Fiumane  pour  les  applaudir.
Il  est  vrai  que  dans  les  jardins  d’où  je  venais,  l’air  du  soir  était  si  frais  et
si  caressant,  et  les  orangers  si  parfumés!
            
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