Full text : La Hongrie de l'Adriatique au Danube

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I.  A  HON  G  U  IE

suffisent  pour  détruire  les  plus  gros  bâtiments.  Une  aiguille  à  percussion
produit  l’explosion  au  premier  choc.  Derrière  la  tète  est  placée  la
«  chambre  secrète  »,  renfermant  un  ingénieux  mécanisme  qui  permet  d^
régler  d’avance  la  marche  de  la  torpille  et  de  la  maintenir,  durant  toute  sa
course,  à  la  même  profondeur.  Ce  mécanisme,  la  pièce  la  plus  compliquée
et  la  plus  importante  de  l’invention  de  M.  Whitehead,  et  qui  est  encoreson
  secret,  résout  un  des  problèmes  les  plus  difficiles  de  la  physique.  Le
reste  du  corps  de  la  torpille  contient  un  réservoir  qu’on  remplit  d’air
comprimé  à  soixante-dix  atmosphères,  et  qui  met  en  mouvement  la
machine,  et  l’hélice  qui  forme  la  queue.
La  torpille,  étant  plus  légère  que  l’eau,  surnage  à  la  surface  quand  ellen’est
  pas  en  marche  ou  lorsqu’elle  est  arrivée  au  bout  de  son  trajet  sans,
avoir  rencontré  d  obstacles.
Voici  maintenant  à  quel  genre  d’essais  il  me  fut  permis  d  assister.
Deux  hommes  plaçaient  la  bestia  dans  l’affût  spécial  inventé  par
M.  Whitehead  pour  le  lancement  de  ses  torpilles;  les  commissaires  de  la
marine  française  prenaient  leur  chronomètre  en  main  ;  au  signal  donné,
on  remplissait  la  torpille  d’air  comprimé,  —  cette  opération  prend  à  peineune
  minute,  —  et  la  torpille,  avec  la  vitesse  d’un  boulet  de  canon,  sortait
de  son  tube,  plongeait  dans  la  mer  à  une  profondeur  de  cinq  à  six  mètres,
et  s  en  allait,  en  produisant  un  léger  bouillonnement  à  la  surface  de  l’eau,
frapper  â  cinq  cents  mètres  les  cibles  flottantes  posées  sur  des  bouées,  et
qui  représentaient  la  flotte  ennemie;  puis  la  torpille,  n  étant  pas  chargée,
remontait  plus  loin  à  la  surface,  comme  un  grand  poisson  mort.  Trois  fois,
le  tir  recommençait  avec  la  même  torpille.  Lorsque  sa  marche  avait  été
régulière,  qu  elle  était  arrivée  au  but  dans  le  temps  voulu  et  sans
encombre,  on  1  inscrivait  sur  un  registre,  et  les  commissaires  de  la  marine
française  en  prenaient  livraison;  si,  au  contraire,  l’essai  avait  révélé
quelque  défaut,  la  torpille  était  mise  de  côté,  et  elle  rentrait  dans  les  ateliers, ­
  comme  un  cheval  fourbu  à  l’écurie.  Ces  engins  coûtant  la  bagatelle
de  cinq  à  six  mille  francs  pièce,  il  vaut  la  peine  qu’on  les  soumette  à  des
épreuves  un  peu  sérieuses.
Pendant  ces  expériences,  j’examinais  de  temps  en  temps  M.  Whitehead,
qui  offre  à  b  observateur  une  figure  vraiment  typique.  Tout  de  blanc;
babillé,  comme  un  planteur  des  colonies  anglaises,  il  tenait  sur  l’épaule  un
énorme  parasol  qui  ombrageait  sa  tête  carrée,  massive,  au  teint  cuivré,
animée  par  deux  grands  yeux  d’un  bleu  foncé,  très-doux.  Ses  traits  sont
énergiques;  sa  bouche  nettement  dessinée  indique  la  perspicacité,  la
patience,  la  persévérance.  M.  Whitehead  est  de  la  race  silencieuse  des
            
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