148
A. RÆDER
Quant à l’application de l’arbitrage compromissoire au V e siècle
nous connaissons cinq différends que l’on a cherché à faire solutionner
par cette voie. Le premier cas se place vers l’an 480 : Corinthe et
Corcyre étaient en désaccord au sujet de leur colonie commune,
la ville et l’île de Leucade h II semble que Corinthe avait essayé
de s’en emparer. Les parties tombèrent d’accord sur l’arbitrage et
prirent l’Athénien Thémistocle comme arbitre. La sentence fut
basée sur ce que Leucade devrait continuer à être une colonie com
mune des deux états et il condamna Corinthe à verser à titre de
dommages et intérêts la somme de vingt talents (environ 120.000 fr.).
Le cas suivant vise aussi Corinthe et Corcyre. Cette fois le
désaccord portait sur une autre colonie commune, Epidamne 2 , la ville
la plus puissante de la côte Illyrienne. Au moment où l’on allait
en venir aux mains, Corcyre proposa à Corinthe de faire trancher
le différend par une ville du Péloponnèse sur laquelle les deux
parties tomberaient d’accord ; si Corinthe ne voulait pas l’accepter,
Corcyre était aussi disposée à prendre comme arbitre l’Oracle de
Delphes. Corinthe repoussa la proposition et la guerre éclata l’an 435.
C’est un peu plus tard que se place la tentative de faire trancher
par l’arbitrage le différend existant entre Elide et la ville triphy-
lienne de Lépréon *. Les parties étaient d’accord pour prendre Sparte
comme arbitre ; mais Elide rompit le compromis avant le prononcé
de la sentence. Les deux villes contractantes appartenant à la Ligue
péloponnésienne où Sparte avait l’hégémonie, ce cas sera traité plus
loin quand nous en viendrons à la situation interne de cette Ligue.
En 420 Argos proposa à Sparte de faire trancher par l’arbitrage
leur vieux différend au sujet de la région frontière de Kynurie 4 .
Comme juge, Argos proposa soit une ville choisie soit un parti
culier, Sparte refusa de faire trancher la question de cette manière ;
mais accepta un traité où se trouvait la condition singulière posée
par Argos qu’il serait loisible aux parties d’exiger que la solution
1 n = VII. - ! n° IX. - s n° X. - ‘ n c XIII.