LA CRISE DE 1840.
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français l’autorisation d’emporter de Sainte-Hélène les
cendres de Napoléon : elles avaient le don d’exciter encore
les inquiétudes des alliés de 1815. C’était comme un nou
veau retour de l’île d’Elbe.
Cependant, conformément à la note du 27 juillet 1839,
les négociations se poursuivaient à Londres entre les ambas
sadeurs et n’aboutissaient pas. M. Guizot y représentait la
France et, grâce à ses rapports personnels avec quelques-
membres du ministère, lord Melbourne, lord Aberdeen, il
connaissait quelque peu les mauvaises intentions de lord
Palmerston, et invitait son gouvernement à s’en préoccuper.
Mais M. Thiers, tout en donnant des instructions à
M. Guizot pour les conférences de Londres, s’efforcait
d’autre part de résoudre le conflit turco-égyptien par un
accord direct entre les parties, et il pensa obtenir un succès
complet. Au mois de mai 1840, le grand vizir Khosrew-
pacha fut destitué par le sultan. Le pacha d’Égypte, très
satisfait, se montra disposé à traiter; une convention fut
sur le point d’aboutir, sur la base de l’établissement de
l’hérédité dans la famille de Méhémet-AIi en Égypte et dans
toute la Syrie jusqu’au Taurus. La diplomatie française
pressait vivement le divan de rédiger un firman dans ce
sens: les négociations de Londres eussent été inutiles;
l’Europe eût été obligée de reconnaître le fait accompli, et
la France eût triomphé.
Ce secret fut éventé, à Constantinople et à Alexandrie,
par les agents anglais: il n’en pouvait être autrement. Pal
merston, parce qu’il avait failli être trompé, exalta encore
ses haineuses passions ; il pouvait compter sur le tsar et
aussi sur le nouveau roi de Prusse, Frédéric-Guillaume IV,
arrivé au trône le 7 juin précédent.
Sa vengeance ne languit pas ; à l’action isolée du cabinet
français en faveur de l’Égypte, il opposa l’action collective
des quatre autres puissances contre l’Égypte, et, le 15
juillet, sans en avoir prévenu l’ambassadeur français, sans
l’inviter à y participer, de façon à bien accentuer le carac
tère hostile de l’événement, il signa, avec les représen
tants de l’Autriche, de la Prusse et de la Russie, le traite
de Londres.
Les quatre puissances s’entendaient pour maintenir l’in
dépendance et l’intégrité de l’empire ottoman, prenaient
sous leur sauvegarde les détroits de Constantinople et des
Dardanelles, adressaient au pacha d’Égypte l’ultimatum