Full text: La question d'Orient depuis ses origines jusqu' à nos jours

92 LE GRAND DESSEIN DE NAPOLÉON. 
cause commune avec la Russie, et les deux hautes parties 
contractantes s’entendraient pour soustraire toutes les pro 
vinces de l’empire ottoman en Europe, la ville de Constan 
tinople et la province de Roumélie exceptées, au joug et 
aux vexations des Turcs ». (Article 8.)‘ 
Les deux alliés négocièrent sur ces bases pendant plu 
sieurs années, et jamais peut-être la question d’Orient ne 
fut traitée avec une telle ampleur. Tout d’abord l’adjudant- 
général Guilleminot fut envoyé en Valachie pour ménager 
un armistice entre les troupes turques et russes; il fut 
conclu le 24 août 1807 à Slobodzié. Mais les Russes se 
montrèrent mal disposés à évacuer les Principautés; il leur 
coûtait de se retirer: fallait-il donc que l’alliance française, 
déjà peu populaire dans la haute société de Saint-Péters 
bourg, nécessitât un tel sacrifice de la part des Russes? 
C’en serait assez pour la compromettre à jamais, et le chan 
celier du tsar, le comte Roumiantzov, et le tsar lui-même 
s’efforcaient de faire comprendre à Savary, envoyé extraor 
dinaire de Napoléon en Russie, et à Napoléon, qu’il fallait 
« nationaliser » l’alliance parmi les Russes en laissant au 
tsar les Principautés. Alexandre I*' d’ailleurs trouverait 
tout naturel que Napoléon se pourvût lui-même d’un agran 
dissement équivalent, qu’il prît par exemple la Bosnie et 
l’Albanie. En un mot, la diplomatie russe s’efforcait d’en 
traîner Napoléon sur la pente du partage ottoman. 
Napoléon se déroba : il ne lui convenait pas d’entretenir 
ce sujet de conversation. Il craignait que, si l’on adoptait 
le principe du démembrement, l’Angleterre, maîtresse de 
la Méditerranée, ne s’attribuât aussitôt l’Egypte et les îles. 
Il consentit à laisser les Principautés à la Russie, à con 
dition que le tsar le laisserait enlever à la Prusse une nou 
velle province, la Silésie. Alexandre ne dissimula pas le 
mécontentement qu’une telle proposition lui inspirait, et 
la conversation languit, non sans quelque froideur de la part 
du tsar. 
Napoléon ne désespérait pas de faire la paix avec l’An 
gleterre: était-ce fatigue, ou pressentiment sinistre chez 
ce vainqueur? Mais, à l’ouverture de la session du Parle 
ment britannique, en janvier 1808, le discours du trône fut 
particulièrement belliqueux, au point que l’Empereur y vit 
i. Voir le texte de ces traités dans A. Vandal, Napoléon et Alexan 
dre tome I, à l’appendice.
	        
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