Full text : La question d'Orient depuis ses origines jusqu' à nos jours

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LE  GRAND  DESSEIN  DE  NAPOLÉON.

L’entrevue  fut  retardée  par  les  affaires  d’Espagne.  Les
dissensions  des  Bourbons  de  ce  pays,  les  querelles  entre
le  père  et  le  fils,  Charles  IV  et  Ferdinand  VII,  encouragèrent ­
  Napoléon  à  s’emparer  encore  de  cette  couronne.  11
força  à  Bayonne  l’abdication  des  deux  princes,  leur  donna
pour  résidences  les  châteaux  de  Compiègne  et  de  Valençay,
et  envoya  son  frère  Joseph  régner  à  Madrid.  11  ne  croyait
pas  rencontrer  de  résistance  sérieuse  au-delà  des  Pyrénées
■et  songeait  toujours  à  son  grand  dessein  sur  Constantinople
et  l’Inde.
Il  préparait  sa  route.  Le  généralGardane,  qu’il  avait  envoyé ­
  en  Perse,  était  arrivé  à  Téhéran  le  24  décembre  1807;
il  y  fut  d’abord  chaleureusement  accueilli.  Mais  la  nouvelle
de  la  paix  de  Tilsitt  fut  désagréable  au  shah,  qui  avait  pensé
que  l’alliance  française  lui  serait  utile  contre  les  Russes  et
qui  n’était  pas  loin  de  considérer  le  traité  de  Tilsitt  comme
une  vraie  trahison  à  son  égard;  d’autant  mieux  que  les
armées  du  tsar,  inutiles  en  Pologne,  reprirent  les  hostilités
avec  plus  de  vigueur  sur  la  Caspienne.  La  situation  ne  tarda
pas  à  devenir  difficile  pour  Gardane;  en  février  1809,  il  devait ­
  être  obligé  de  quitter  la  Perse,  et,  aussitôt  après  son
départ,  une  mission  anglaise  allait  arriver  à  Téhéran  et  signer
avec  le  shah  un  traité  d’alliance  anglo-persane  stipulant
l’expulsion  de  tous  les  Français.  Le  nouveau  gouverneur
anglais  de  l’Inde,  George  Elliot  ou  lord  Minto  (1807-1813),
se  préoccupait  de  fermer  aux  Français  la  route  de  l’Inde;  il
traitait  avec  Runjeet-Singh,  le  puissant  chef  des  Seykhs  du
Bengale,  avec  le  chef  afghan  Shoudja  et  pensait  ainsi
dresser  devant  Napoléon  des  obstacles  infranchissables.
Napoléon  n’en  était  pas  troublé;  il  voulait  mettre  l’Angleterre ­
  à  ses  pieds  en  quelques  mois.  Il  dressa  alors  le  plus
gigantesque  plan  qu’ait  jamais  conçu  un  conquérant.
L’armée  de  Dalmatie,  sous  le  commandement  de  Marmont,
incessamment  renforcée  depuis  Tilsitt,  avec  Corfou  pour
place  d’armes  et  centre  d’approvisionnements,  où  s’entasse
de  jour  en  jour  un  formidable  dépôt  de  munitions  et  de
vivres,  traversera  la  Bosnie.  Elle  opérera  sa  jonction  en
Macédoine  avec  les  Autrichiens,  vers  Andrinople  avec  les
Russes.  Sous  ce  choc,  l’empire  ottoman  sera  balayé  d’un
coup.  Alors  l’armée  tripartite  passera  en  Asie  et  se  rangera ­
  sur  l’Euphrate,  prête,  sur  un  signe,  à  pousser  plus
loin.
En  même  temps,  tous  les  ports  de  l’Espagne,  de  l’Italie,
            
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