Full text : La question d'Orient depuis ses origines jusqu' à nos jours

LA  DÉFAITE  DE  NAPOLÉON.

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avait  conseillé,  rejeter  les  Russes  en  Asie;  il  s’efforçait
ailleurs  de  contenir  les  Anglais  en  Occident.  Prévoyait-il
une  Europe  écrasée  entre  les  deux  colosses?  Héritier  du
titre  des  Césars  romains,  gendre  du  dernier  représentant
du  Saint  Empire  Romain,  conçut-il  la  pensée  que  lui  seul
pouvait  encore  arracher  la  Méditerranée  aux  ambitions
croissantes  des  Germains  d’Angleterre  et  des  Slaves  de
Russie,  et  sauver  la  civilisation  latine?
Vainqueur  de  la  Russie,  maître  de  Moscou,  que  ferait-il
de  sa  victoire?  Au  delà,  par  la  mer  Noire  et  la  Caspienne,
il  eut  sans  doute  une  dernière,  une  suprême  vision  de
l’Orient;  sur  cette  double  route,  où  les  Russes  ont  suivi
depuis  la  voie  que  leur  indiquaient«  le  testament  de  Pierre
le  Grand  »  et  le  puissant  génie  de  Napoléon,  jetterait-il
une  armée  sur  l’Inde,  comme  Alexandre  le  Grand,  pour
en  revenir  par  l’Égypte,  une  autre  sur  Constantinople,
pour  en  fixer  d’un  trait  de  son  épée  les  destinées  mystérieuses ­
  ?
On  raconte  que,  dans  la  longue  file  des  équipages  nécessaires ­
  à  son  service  personnel  pendant  la  campagne  de
Russie,  un  fourgon,  toujours  étroitement  clos  et  particulièrement ­
  surveillé,  renfermait  tous  les  insignes  impériaux,
,a  couronne,  le  sceptre  et  l’épée  du  sacre,  le  lourd  manteau
Ide  pourpre  et  le  diadème  impérial.  Où  voulait-il,  quittant
le  harnais  de  guerre,  renouveler  la  cérémonie  de  Notre-Dame?
  —  A  Moscou?  —  Ce  n’eût  été  qu’une  usurpation.—
Plus  loin  peut-être,  sur  la  route  de  Babylone,  de  Persépolis,
à  Samarcande,  à  Delhi,  d’où,  vainqueur  tout-puissant,  le
monde  à  ses  pieds,  le  globe  d’or  en  sa  main,  il  se  dresserait
en  une  flamboyante  apothéose  ^
Il  prit  Moscou,  et  ce  fut  tout.  Il  en  sortit  au  milieu  des
flammes  de  l’incendie  et  commença  l’effroyable  retraite.
Derrière  les  débris  de  la  Grande  Armée,  les  peuples  vaincus
se  levèrent  comme  une  meute  altérée  de  vengeance  et  la
suivirent  en  grondant  jusqu’à  Paris.  Les  souverains  victorieux ­
  à  leur  tour,  relevés  d’une  longue  humiliation,  se
partagèrent  les  riches  dépouilles  du  conquérant.  Ce  fut  une
curée  sans  scrupules.
Il  fut  peu  question  de  l’Orient  au  congrès  de  Vienne  ;  car
il  avait  échappé  presque  absolument  aux  entreprises  de
Napoléon.  Le  tsar  chercha  bien  à  se  faire  reconnaître  par
1.  Vandal,  Napoléon  et  Alexandre  tome  III,  p.  345-346.
            
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