Full text: La question d'Orient depuis ses origines jusqu' à nos jours

LA RENAISSANCE DE LA NATIONALITÉ GRECQUE. 105 
chands ; ils retrouvèrent les secrets de leurs ancêtres du 
Pirée ; ils eurent sur toutes les mers du Levant de nom 
breux vaisseaux, qui de nouveau sillonnèrent la Méditerra 
née, de Marseille à Odessa ; à l’abri du pavillon anglais le 
plus souvent, pour pouvoir passer partout, ils s’enrichi 
rent. Ils eurent dans la plupart des ports méditerranéens 
des colonies marchandes très prospères ; celle du Phanar 
notamment entassa des trésors, pour les luttes futures de 
l’indépendance. Elles grandissaient d’ailleurs à l’aise ; 
Sélim III témoignait aux chrétiens une grande bienveil 
lance et c’était un des traits de son esprit de réforme. 
Mais ces milliers de Grecs, entreprenants et riches, étaient 
faibles encore par leur extrême dispersion ; en Grèce seu 
lement, la race était groupée en agglomérations compac 
tes, par endroits pénétrées de la foi musulmane qui y avait 
trouvé des adeptes intéressés, presque partout organisées en 
petites républiques municipales auxquelles les Turcs avaient 
toujours laissé quelque liberté. Pourvu que les impôts, 
très lourds et très arbitraires, fussent régulièrement en 
voyés au Grand Seigneur, les cités grecques s’adminis 
traient à leur gré ; elles avaient à leur tête des primats, de 
religion grecque, désignés par leurs concitoyens, reconnus 
par les chefs ottomans, intermédiaires naturels entre les uns 
et les autres ; elles formaient même parfois des milices 
d'armatoles, armées et recrutées librement. De tout temps, 
la Grèce avait aimé l’indépendance municipale. Sut-elle 
jamais comprendre d’autre organisation politique ? 
Ces petites sociétés, très isolées dans leurs cantons mon 
tagneux, souvent jalouses les unes des autres, étaient-elles 
capables de se grouper contre le maître? La surveillance 
des pachas turcs était de plus en plus défiante, et, au moin 
dre soupçon, volontiers cruelle. On n’y pouvait échapper 
que dans les rochers les plus abrupts, les îles les plus 
cachées, où en réalité jamais la domination ottomane 
n’avait été reconnue. Ainsi le Maïna, la presqu’île que 
forme le Taygète au-dessus de Sparte et sur la rive droite 
de l’Eurotas, était le refuge inviolable des Grecs belliqueux, 
impatients de tout gouvernement ; autant brigands que 
guerriers, les uns maîtres de la montagne de génération 
en génération, les autres réfugiés dans ses cavernes pour 
échapper à la police turque, ces klephtes ou palikares fai 
saient volontiers le coup de feu sur les régiments du 
sultan, razziaient les villages voisins, s’enrichissaient
	        
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