Full text: La question d'Orient depuis ses origines jusqu' à nos jours

LA RENAISSANCE DE LA NATIONALITÉ GRECQUE. 107 
Helles ; voyez ce qui est à votre convenance, et comptez 
non seulement sur le consentement, mais sur l’assistance 
sincère et efficace de la Russie ». 11 ajoutait aussitôt : « Il 
faut que les Turcs soient repoussés bien loin et que tout le 
monde puisse s’arranger. C’est la Russie aujourd’hui que la 
France doit avoir comme alliée. » Au même ambassadeur, 
il disait encore l’année suivante : « La France et la Russie 
réunies feront la loi à l’Europe. » 
C’est que le tsar sentait devant lui l’opposition de deux au 
tres puissances. L’Autriche ne voulait pas laisser soulever 
la question ottomane : elle perdait un peu alors la cons 
cience de ses destinées orientales et regardait de nouveau 
vers l’Italie et l’Allemagne ; elle se rendait compte pourtant 
qu’elle ne devait pas se laisser fermer la route de la mer 
Noire et de l’Archipel. M. de Metternich dissimulait ces 
raisons nationales sous cette considération politique qu’il 
ne fallait nuUe part permettre aucune entreprise révolu 
tionnaire ; et il tenait le tsar par cet argument. L’Angle 
terre, étrangère à la Sainte-Alliance, n’avait pas de telles 
raisons à son service ; mais elle ne voulait pas laisser des 
cendre les Russes dans la mer Méditerranée ; elle ne 
voulait pas exposer à un tel danger sa route la plus courte 
vers l’Inde. Elle était bien placée pour surveiller les dé 
marches du gouvernement russe: elle avait depuis 1815 le 
protectorat des Iles Ioniennes. Déjà donc les intérêts 
très égoïstes des puissances venaient compliquer la 
question d’Orient et entraver la libre évolution des nationa 
lités. 
L’opinion publique, ignorante de ces intérêts contradic 
toires, toute sentimentale et aveuglément généreuse, entraî 
nait malgré eux les gouvernements. Car les patriotes grecs 
lui adressaient d’émouvants appels et l’excitaient par des 
aventures romanesques comme on les aimait en ce temps, 
dans la réalité et dans la fiction. Ils fondèrent, dès avant 
1815, diverses associations entre ceux qui se lamentaient 
sur la Grèce esclave et mûre pour la liberté : la société des 
Philhellènes, la société des Philomuses, qui ouvrit partout 
des écoles grecques. Au congrès de Vienne, le Corfiote 
Jean Capo d’Istria, ministre du tsar, obtint pour elles de 
belles souscriptions parmi les plénipotentiaires : ils ouvri 
rent largement leur bourse, satisfaits de s’acquitter à ce 
prix envers l’hellénisme et l’humanité. Le même Capo 
d’Istria, passant bientôt après dans les îles Ioniennes, y
	        
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