L’INSURRECTION ET LA RÉPRESSION. 111
à la belle île une couronne de martyre. Enfin les Turcs
partent pour d’autres terrains d’exécution; ils emmènent
35.000 esclaves, surtout des jeunes filles.
Ils ne partirent pas tous. L’Archipel était sillonné d’une
nuée de petits vaisseaux grecs donnant partout la chasse
aux exécuteurs du sultan. Ils étaient commandés par des
marins illustres, Canaris, Andreas Miaoulis ; ils traînaient
après eux leurs terribles brûlots enduits de soufre, d’huile
et de goudron. Les massacreurs de Chio furent trop long
temps en besogne ; la nouvelle s’en répandit avant qu’ils
n’eussent le temps de disparaître. Canaris les surprit dans
le port, les bloqua, jeta ses brûlots au milieu de leurs
navires, les détruisit ; 3.000 Turcs et avec eux le capi-
tan-pacha furent noyés, vengeance d’ailleurs inégale au
crime.
D’autres brûlots furent portés en rade de Mitylène, où
était mouillée la flotte turque de l’amiral Mohammed-bey ;
son vaisseau sauta, et cette formidable explosion coûta la
vie à un miLier de Turcs. Les marins grecs conduisirent
d’île en île cette guerre d’extermination : nulle part les
Ottomans ne purent leur tenir tête ; ils perdirent à jamais
l’empire de l’Archipel. Sur mer aussi, jadis, les Athéniens
de Thémistocle et de Cimon avaient sauvé la liberté de la
Grèce.
Le 1" janvier 1822, dans un bois auprès d’Epidaure,
se réunit une assemblée de députés envoyés par les insur
gés. Ils proclamèrent solennellement dans un grand cri
d’enthousiasme l’indépendance de leur patrie ; ils essayè
rent d’organiser un gouvernement régulier. Ils nommèrent
un conseil exécutif de cinq membres, présidé par Mavro-
cordato, dont les principaux ministres furent Negris et
Colettis. Il fut assisté d’un Sénat législatif de 59 députés
présidés par Démétrius Ypsilanti. Il y eut bientôt des dis
sentiments entre ces chefs du parti national ; mais du
moins la Grèce était ainsi officiellement représentée en
face de l’Europe ; elle affirmait son existence.
A la nouvelle de l’assemblée d’Epidaure, l’émoi fut
grand à Constantinople. Le 25 février 1822, le sultan
Mahmoud présida au sérail un grand conseil, composé de
ses ministres, des ulémas et des chefs des janissaires. Les
délibérations en furent très animées sans doute ; il y fut
question d’effroyables mesures de violence, d’un massacre
de tous les chrétiens de l’empire ottoman. Le ministre