Full text : La question d'Orient depuis ses origines jusqu' à nos jours

112

L’INDÉPENDANCE  DE  LA  GRÈCE.

d’Angleterre  intervint,  s’efforça  d’apaiser  la  colère  du  gouvernement ­
  turc,  en  retarda  l’explosion,  en  atténua  ainsi
les  effets.
L’Europe  tout  entière  commençait  à  s’intéresser  à  l’insurrection ­
  grecque,  et  rien  n’y  contribuait  plus  que  les  massacres ­
  eux-mêmes.  Était-il  possible  de  laisser  détruire  toute
une  population  chrétienne  par  les  infidèles  ?  N’était-il  pas
temps  de  les  rejeter  en  Asie,  de  les  réduire  à  l’impuissance
de  nuire?
Le  tsar  tenait  difficilement  les  engagements  que  Metternich ­
  avait  obtenus  de  lui  à  Laybach.  Ses  secrètes  sympathies ­
  pour  les  Grecs,  excitées  par  l’opinion  de  toute  la
Russie,  ne  se  pouvaient  plus  dissimuler  ;  il  laissait  échapper ­
  publiquement  des  plaintes,  des  menaces  contre  les
Ottomans,  des  cris  d’indignation  contre  les  massacreurs.  11
cherchait  un  moyen  diplomatique  d’intervenir  à  Constantinople, ­
  sans  trop  irriter  les  membres  de  la  Sainte-Alliance  ;
il  se  souvenait  que  les  conventions  du  traité  de  Bucharest
avaient  été  mal  respectées  par  les  Turcs,  que  par  exemple
la  Serbie  n’avait  pas  obtenu  les  garanties  promises.  Le
trouble  où  tous  ces  événements  le  jetaient  inquiétait  de
jour  en  jour  davantage  le  gouvernement  autrichien.
Enfin,  ne  se  contenant  plus,  entraîné  par  les  traditions
de  la  politique  russe,  par  son  tempérament  ardent  de  chrétien, ­
  même  de  croisé,  Alexandre  adressa  tout  à  coup  au
sultan  un  ultimatum  hautain  :  il  lui  reprocha  vivement  les
massacres  de  Constantinople  et  de  Chio,  le  mit  en  demeure
de  relever  les  églises  détruites,  de  respecter  dans  tout  son
empire  le  culte  chrétien,  de  rétablir  le  régime  des  traités
dans  les  principautés  danubiennes.  Il  exigea  une  réponse
immédiate.  Mahmoud  ne  répondit  pas.  L’ambassadeur
russe  Strogonof  reçut  l’ordre  de  quitter  Constantinople  :
c’était  une  rupture.  Les  conséquences  en  pouvaient  être
considérables.  Mais  le  tsar  n’osa  pas  poursuivre  dans  cette
voie  ;  il  était  retenu  par  la  parole  qu’il  avait  donnée  à  Metternich ­
  ;  il  ne  trouvait  pas  le  moyen  de  concilier  ses  intérêts ­
  et  ses  sentiments  dans  les  Balkans  avec  l’alliance
autrichienne  ;  il  redoutait  l’Angleterre  ;  il  était  déchiré  de
scrupules,  perdu  dans  l’irrésolution.
Le  gouvernement  anglais  surveillait  de  près  les  événements ­
  de  l’Orient  ;  il  ménageait  l’avenir  avec  beaucoup
d’habileté.  Sa  politique  étrangère  était  alors  dirigée  par
Canning  :  il  arrêtait  l’exécution  des  violentes  mesures  que
            
Waiting...

Note to user

Dear user,

In response to current developments in the web technology used by the Goobi viewer, the software no longer supports your browser.

Please use one of the following browsers to display this page correctly.

Thank you.