Full text : La question d'Orient depuis ses origines jusqu' à nos jours

L’INTERVENTION  EUROPÉENNE.

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dit  le  prophète  ;  combattez  l’ennemi  avec  ses  propres
armes  ».  Les  résultats  ne  furent  pas  immédiats  ;  une  transformation ­
  de  ce  genre  ne  s’accomplit  pas  brusquement,  et
Moltke  a  pu  se  moquer  de  cette  armée  à  l’organisation  de
laquelle  il  contribua  pendant  deux  ans  :  «  La  réforme,  dit-il,
a  consisté  surtout  en  choses  extérieures,  en  noms  et  en
proi**’o.  Jn  a  fait  une  armée  sur  modèle  européen,  avec  des
tuniques  russes,  un  règlement  français,  des  fusils  belges,
des  turlans  turcs,  des  selles  hongroises,  des  sabres  anglais,
des  instructeurs  de  toutes  nations,  une  armée  formée  de
timariotes,  de  soldats  à  vie,  de  landwehr  à  service  indéterminé, ­
  où  les  chefs  étaient  des  recrues,  les  recrues  des
ennemis  de  la  veille  ».  Néanmoins,  dans  ces  formes  extérieures, ­
  l’esprit  d’indiscipline  était  bien  mort  ;  le  dévouement ­
  au  padischah  fut  rajeuni;  l’imitation  de  l’Europe  fut
peu  à  peu  très  sérieuse,  et  l’empire  ottoman  allait  manifester, ­
  quelques  années  plus  tard,  une  véritable  renaissance
militaire  capable  de  compliquer  encore  les  problèmes  de  la
question  d’Orient,  en  remettant  en  discussion  cette  proposition ­
  devenue  un  axiome  que  la  succession  était  ouverte,
l’Osmanli  moribond,  incapable  de  disputer  son  bien  à  l’avidité ­
  des  héritiers.
Mahmoud  rêva-t-il  d’être  un  Pierre  le  Grand  pour  l’empire
ottoman  ?  La  comparaison  exigerait  d’importantes  réserves.
11  brisa  bien  l’aristocratie  des  fonctionnaires,  devenus  presque ­
  héréditaires,  et  il  se  plut  à  confier  les  plus  hautes
charges  à  des  serviteurs  dévoués,  d’humble  origine,  qui,
lui  devant  tout,  lui  furent  soumis;  il  diminua  l’autorité
presque  absolue  du  divan  ou  du  conseil  des  hauts  dignitaires ­
  en  traitant  les  affaires  avec  chaque  ministre  en  particulier. ­
  11  fut  assez  fort  pour  résister  aux  prétentions  des
ulémas.  11  s’attaqua  même  aux  coutumes,  plus  fortes  que
les  lois.  Il  but  du  vin  et  prit  plaisir  à  griser  ses  officiers  ou
ses  ministres  ;  il  s’habilla  à  l’égyptienne,  vêtements  courts,
barbe  courte,  fez  au  lieu  de  turban,  régla  la  coupe  et
l’étoffe  des  costumes,  la  longueur  de  la  moustache.  Toutes
ces  réformes  furent  peu  importantes  ou  éphémères.  L’influence ­
  de  Mahmoud  ne  fut  durable  que  sur  l’armée  ottomane, ­
  et  par  là  ce  sultan,  vicieux,  débauché  autant  que
féroce,  et  qui  devait  terminer  sa  vie  dans  l’épilepsie  et  la
folie,  tient  une  grande  place  parmi  les  souverains  ottomans
du  XIX®  siècle.
Ce  ne  fut  pourtant  pas  lui  qui  profita  de  la  réforme,  et,
            
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