128
L’INDÉPENDANCE DE LA GRECE.
des avantages considérables par l’élasticité voulue de cer
tains articles du traité. L’empire ottoman était ouvert de
toutes parts, vers le Caucase et le Danube; il était pénétré
par l’influence commerciale de la Russie et par les vagues
droits de protectorat qu’elle gardait sur les États danubiens ;
il était à sa merci par le règlement d’une indemnité très
élevée. En toutes ces stipulations, il devait être facile au
gouvernement russe de trouver, quand il voudrait, tel pré
texte d’intervention qui lui conviendrait. N’était-ce pas
d’ailleurs sous prétexte de préciser certains points du traité
de Bucharest que Nicolas était entré brusquement en scène
au commencement de l’année 1826? Les conventions turco-
russes depuis le xviii® siècle sont ainsi reliées par une chaîne
ininterrompue de clauses dont l’empire ottoman est comme
enserré de plus en plus étroitement, et qui témoignent de
la souplesse et de l'infatigable constance de la politique
russe. Le gouvernement du tsar pouvait donc se féliciter de
son triomphe, et M. de Nesselrode écrivait alors: « La
Russie pouvait peut-être donner le dernier coup à la monar
chie ottomane ; mais cette monarchie, réduite à n’exister
plus que sous la protection de la Russie, convenait mieux à
ses intérêts politiques et commerciaux que toutes combi
naisons qui l’auraient forcée soit à trop s’étendre par des
conquêtes, soit à substituer à l’empire ottoman des États
qui n’auraient pas tardé à rivaliser avec la Russie de puis
sance, de civilisation, d’industrie et de richesse. »
On saisit là l’aveu d’une politique qui reparaîtra jusqu’à
la fln du siècle. Il ne plaît pas à la Russie de laisser trop
d’indépendanee aux États formés du démembrement de
l’empire ottoman, de laisser rompre ainsi l’équilibre de
l’Orient. Du reste, en toute cette histoire de l’insurrection
grecque, n’est-il pas évident que la plupart des gouverne
ments, pour ne pas dire tous, ont été inspirés par leurs
intérêts immédiats beaucoup plus que par de généreuses
sympathies à l’égard d’un peuple malheureux et particulière
ment digne de ces sympathies? Il y a un contraste flagrant
entre l’enthousiasme des peuples autour de l’insurrection
grecque et l’égoïsme des gouvernements : il n’est pas pour
surprendre dans un temps où la cause des peuples était
précisément en contradiction avec celle de leurs souve
rains.
Il ne faut donc pas s’étonner que les intérêts de la Grèce
aient été traités avec la plus avare parcimonie, que la