Full text: La question d'Orient depuis ses origines jusqu' à nos jours

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L’INDÉPENDANCE DE LA GRECE. 
des avantages considérables par l’élasticité voulue de cer 
tains articles du traité. L’empire ottoman était ouvert de 
toutes parts, vers le Caucase et le Danube; il était pénétré 
par l’influence commerciale de la Russie et par les vagues 
droits de protectorat qu’elle gardait sur les États danubiens ; 
il était à sa merci par le règlement d’une indemnité très 
élevée. En toutes ces stipulations, il devait être facile au 
gouvernement russe de trouver, quand il voudrait, tel pré 
texte d’intervention qui lui conviendrait. N’était-ce pas 
d’ailleurs sous prétexte de préciser certains points du traité 
de Bucharest que Nicolas était entré brusquement en scène 
au commencement de l’année 1826? Les conventions turco- 
russes depuis le xviii® siècle sont ainsi reliées par une chaîne 
ininterrompue de clauses dont l’empire ottoman est comme 
enserré de plus en plus étroitement, et qui témoignent de 
la souplesse et de l'infatigable constance de la politique 
russe. Le gouvernement du tsar pouvait donc se féliciter de 
son triomphe, et M. de Nesselrode écrivait alors: « La 
Russie pouvait peut-être donner le dernier coup à la monar 
chie ottomane ; mais cette monarchie, réduite à n’exister 
plus que sous la protection de la Russie, convenait mieux à 
ses intérêts politiques et commerciaux que toutes combi 
naisons qui l’auraient forcée soit à trop s’étendre par des 
conquêtes, soit à substituer à l’empire ottoman des États 
qui n’auraient pas tardé à rivaliser avec la Russie de puis 
sance, de civilisation, d’industrie et de richesse. » 
On saisit là l’aveu d’une politique qui reparaîtra jusqu’à 
la fln du siècle. Il ne plaît pas à la Russie de laisser trop 
d’indépendanee aux États formés du démembrement de 
l’empire ottoman, de laisser rompre ainsi l’équilibre de 
l’Orient. Du reste, en toute cette histoire de l’insurrection 
grecque, n’est-il pas évident que la plupart des gouverne 
ments, pour ne pas dire tous, ont été inspirés par leurs 
intérêts immédiats beaucoup plus que par de généreuses 
sympathies à l’égard d’un peuple malheureux et particulière 
ment digne de ces sympathies? Il y a un contraste flagrant 
entre l’enthousiasme des peuples autour de l’insurrection 
grecque et l’égoïsme des gouvernements : il n’est pas pour 
surprendre dans un temps où la cause des peuples était 
précisément en contradiction avec celle de leurs souve 
rains. 
Il ne faut donc pas s’étonner que les intérêts de la Grèce 
aient été traités avec la plus avare parcimonie, que la
	        
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