Full text: La question d'Orient depuis ses origines jusqu' à nos jours

L’INTERVENTION EUROPÉENNE. 
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capable de compromettre toute sa campagne diplomatique 
■et militaire. Charles X promit de marcher sur le Rhin avec 
100.000 hommes « si l’Autriche bougeait ». L’Autriche ne 
bougea pas, et la signature de la paix d’Andrinople coupa 
court à cette combinaison franco-russe. 
L’accord n’en était pas moins établi, évident aux yeux de 
l’Europe, et dès ce moment avantageux à la France. Il n’est 
pas sûr que Charles X aurait osé entreprendre l’expédition 
d’Alger, s’il n’avait compté sur le tsar. Il redoutait une 
intervention de l’Angleterre, qui, en effet, s’y opposait assez 
vivement ; il s’y décida en pensant qu’elle hésiterait à braver 
l’accord franco-russe et à créer dans de telles conditions un 
nouveau conflit méditerranéen. A ce point de vue, l’occu 
pation d’Alger fut comme la récompense de l’expédition 
française en Morée, et, dans le temps où la Russie refoulait 
l’Islam au sud du Caucase, la France resserrait aussi son 
domaine en Afrique. 
Le colonel de Polignac, fils du ministre de Charles X, 
affirme^ que l’alliance de la France et de la Russie était 
fondée dès lors sur deux avantages équivalents ; la France 
aiderait la Russie à organiser aux dépens du sultan une Rou- 
mélie protégée ; la Russie aiderait la France à annexer la Bel 
gique, sous une forme quelconque. Il était visible à ce moment 
que la Belgique se soulèverait bientôt contre la Hollande et 
s’en détacherait: elle fût tombée tout naturellement en 
possession de la France. Charles X fut renversé avant que 
ce projet ne pût avoir un commencement d’exécution. 
Le prince de Polignac, le ministre de 1830, établit même 
sur cette alliance un vaste projet de remaniement de la 
carte de l’Europe, qui eût d’un seul coup réglé toutes les 
questions politiques les plus aiguës, à l’Occident comme à 
l’Orient. Ce grand dessein repose sur l’expulsion des Turcs, 
qui assurerait aux États chrétiens la disposition de terri 
toires capables de garantir, d’un bout à l’autre du continent, 
un juste système de compensations. Il s’inspire du louable 
désir de résoudre tous les conflits renfermés dans les traités 
de 1815 et ainsi de donner à l’Europe de longues années 
de paix; il fait penser aux chimères dont Sully peuplait 
généreusement l’imagination de Henri IV. 
Les Turcs rejetés en Asie, à la Russie reviendraient la 
1. E. Daudet, Histoire diplomatique de Valliance franco-russe, 
p. 27-28.
	        
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