Full text : La question d'Orient depuis ses origines jusqu' à nos jours

LA  RÉFORME  DE  LA  TURQUIE.

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L’empire  ottoman  venait  de  courir  le  plus  terrible  danger  ;
Jamais  encore  son  étrangeté,  sa  barbarie  n’avaient  été
aussi  manifestes;  jamais  encore  il  n’avait  paru  aussi  différent ­
  de  l’Europe  par  les  mœurs,  par  la  religion,  par  tous
ses  caractères  essentiels  :  il  était  pour  tous  un  corps  étran-■
  ger  à  expulser  du  continent,  dont  il  troublait  l’économie.
Comme  la  Chine  de  nos  jours,  il  en  eut  conscience.  11  se
I  persuada  de  la  nécessité  de  se  transformer,  de  se  régénérer,
■  au  moins  d’emprunter  aux  puissances  occidentales  leurs
moyens  de  défense.  Alors  naquit  chez  les  Ottomans  le  parti
des  Jeunes-Turcs,  ou  des  partisans  de  la  Réforme;  alors
commença  chez  eux  l’histoire  du  T'anzimàt  ou  de  la  réorganisation. ­
  «  Je  suis  convaincu,  disait  le  grand-amiral  Khalil-!
  Pacha  en  1830,  que,  si  nous  ne  nous  hâtons  pas  d’imiter
i  l’Europe,  nous  devrons  nous  résigner  à  repasser  en  Asie.  »
I  Cette  histoire  de  la  réforme  ottomane  est  loin  d’être
!  achevée  à  la  fin  du  siècle.  Elle  eut  son  premier  chapitre  au
lendemain  de  l’insurrection  grecque,  sous  les  sultans  Mah-I
  moud  et  Abd-ul-Medjid;  elle  fut  troublée  par  des  querelles
I  intestines  inévitables,  plus  encore  par  l’intervention  des
I  puissances  européennes,  plus  préoccupées  que  jamais  de  la
question  du  démembrement  de  l’empire  turc,  avides  de
l’accomplir,  liées  pourtant  au  principe  de  son  intégrité,
seule  digue  possible  à  leurs  convoitises  contradictoires,
I  quelques-unes  d’ailleurs  mal  disposées  à  le  laisser  en  paix
refaire  ses  forces.
'  Mahmoud  au  Sérail,  avant  son  avènement,  avait  entendu
g  et  adopté  les  opinions  réformatrices  de  son  cousin  Sélim  111  ;
il  avait,  au  milieu  des  circonstances  dramatiques  de
I  son  avènement,  partagé  sa  haine  pour  les  janissaires,  qui
j  n’étaient  plus  désormais  que  des  agents  de  révolution,
i  Aux  temps  les  plus  critiques  de  la  guerre  de  Grèce,  il  avait
I  saisi  l’occasion  de  les  détruire,  au  risque  de  compromettre
la  sécurité  même  de  Constantinople.  Du  moins  il  avait
I  ainsi  renversé  le  principal  obstacle  que  pouvait  rencontrer
I  la  politique  des  réformes.
Car  si,  capable  d’un  moment  d’énergie.  Mahmoud  ne
l’était  pas  d’une  politique  très  suivie,  il  comprenait,  par
l’instinct  même  de  la  conservation,  la  nécessité  de  la  transformation ­
  de  l’État  ottoman,  et  il  la  formulait  avec  une
certaine  largeur  de  vues  et  un  réel  bonheur  d’expression.
Certes  il  ne  suffisait  pas  d’avoir  massacré  les  janissaires;
l’incompatibilité  de  l’empire  ottoman  avec  l’Europe  appa-
            
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