MAHMOUD ET MÉHÉMET.
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Ce fut plus grave encore lors de la session ordinaire des
Chambres ouverte en décembre 1839. On s’impatientait de
la longueur des négociations orientales. La France avait
conseillé au pacha de ne pas envahir l’Asie mineure, l’avait
empêché peut-être ainsi de profiter de tous ses avantages.
Elle avait par là pris en mains la défense de ses intérêts,
et l’intervention des autres puissances européennes menaçait
de les compromettre ; quelques députés reprochaient au
ministère de n’avoir pas un sentiment assez énergique de
l’honneur national. Cette opposition se manifesta lors de la
discussion de l’adresse.
M. Thiers surtout, qui voulait renverser le ministère
Soult et prendre sa place, prononça un discours très écouté.
Tout en se déclarant partisan de l’alliance anglaise, il affirma
que les intérêts de la Russie et de l’Angleterre étaient
trop différents pour se concilier contre la France, que même
alors la France devait, pour son intérêt et pour son honneur,
soutenir de tout son pouvoir la cause de l’Égypte,
qu’aussi bien le pacha était assez fort pour vaincre, et que
le gouvernement français avait donc tout à y gagner. On
éprouvait en France un tel engouement pour l’Égypte et
une telle animosité contre l’Angleterre qu’on reprocha même
à M. Thiers de rester attaché au système de Veniente cordiale.
Ce fut à cette occasion une effervescence patriotique
faite des éléments les plus variés, de la lassitude d’une
longue paix, de la revanche contre 1815, de la conscience
des forces refaites et du prestige reconquis : on parle partout
du relèvement de la patrie, des victoires napoléoniennes,
de la grandeur d’autrefois. Bientôt le gouvernement
donnera quelque satisfaction à ces sentiments en obtenant
de l’Angleterre le retour des cendres de Napoléon. On a
aussi la plus grande confiance en Méhémet-Ali ; on croit ne
risquer rien à soutenir ce « nouvel Alexandre », contre
lequel le concert européen sera certainement de la plus
ridicule impuissance : « les Russes et les Anglais y perdront
leurs dents, » dit lui-même M. Thiers. Bientôt le ministère
Soult tombe sur une question de politique intérieure ;
M. Thiers devient président du Conseil et ministre des
affaires étrangères ; c’est l’avènement de la politique « nationale
».
Lord Palmerston pouvait aisément, en de pareilles conditions,
éveiller contre la France les susceptibilités de
l’Europe. 11 lui fut agréable d’accorder au gouvernement