FRANCE, ANGLETERRE ET RUSSIE.
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promulgua le hatti-shérif du 6 juin et proclama le principe
de la liberté religieuse la plus absolue.
Le tsar ne fut pas effrayé de ces dangers. Il comptait sur
l’Autriche et la Prusse pour agir sur le Rhin et y contenir
la France: ainsi il eût été sûr du triomphe. Mais l’Autriche,
oublieuse du service que la Russie venait de lui rendre,
s’inquiétait de l’occupation des Principautés et voulait du
tsar l’engagement de ne pas franchir le Danube : « Mais
vous nous rendez la guerre impossible, dit alors le prince
Orlof, ambassadeur du tsar; autant vaudrait nous la déclarer.
» Le chancelier autrichien, M. de Buol, pensait imposer
sa médiation aux parties adverses et s’assurer ainsi
quelques bénéfices territoriaux; il ne voulait pas que la
Russie disposât seule de la péninsule des Balkans. La
Prusse était encore sous le coup de la convention d’Olmütz:
l’Autriche venait de l’obliger durement à respecter la constitution
de la Confédération germanique ; elle restait toute
honteuse de son ambition prise en flagrant délit et déçue.
Cependant un parti se formait autour du roi Frédéric-Guillaume
IV, le parti de la Croix, décidé à une alliance
étroite avec la Russie pour le triomphe de la politique
prussienne en Allemagne. Cette alliance devait être en
effet bientôt riche en résultats, pour la Prusse surtout;
mais elle n’était pas encore mûre, et Frédéric-Guillaume IV
n’était pas assez hardi pour s’y résoudre contre l’Autriche;
du moins il allait rendre d’importants services au tsar pendant
toute la crise orientale.
Cependant les conséquences de la rupture entre la
Russie et la Porte se développaient. Le tsar appela son
peuple à la guerre comme à une véritable croisade ; les
saintes images furent extraites des églises, exposées aux
dévotions de la foule. L’enthousiasme fut unanime. Il
gagna la Grèce; le roi Othon, et surtout la reine
Amélie d’Oldenbourg se montrèrent très hautement partisans
de la politique russe, encouragèrent des désordres
en Epire, en Thessalie, y envoyèrent des bandes armées.
La situation devenait très critique; car, si tous les chrétiens
suivaient l’exemple des Grecs et se levaient contre
l’Islam, le sultan et même ses alliés seraient-ils capables
d’écraser cette gigantesque levée de boucliers? En
quelle posture se trouveraient la France et l’Angleterre à
soutenir la cause musulmane contre une grande croisade
chrétienne?