FRANGE, ANGLETERRE ET RUSSIE.
183
Les articles XV à XIX assurent la liberté de la navigation
du Danube. Les travaux nécessaires et la police générale
de cette navigation seront confiés à une commission inter
nationale.
Par les articles XX à XXIX, la Moldavie, agrandie d’une
partie de la Bessarabie russe, et la Valachie, sont remises
en possession de leurs anciens droits, sous la garantie col
lective des puissances. Leur organisation intérieure sera
établie d’après les vœux de leurs divans ou assemblées
nationales élues, et sous le contrôle de la conférence des
ambassadeurs des puissances à Paris. Dans ces deux prin
cipautés et en Serbie, la Porte ne pourra, en aucun cas,
envoyer des troupes qu’avec le consentement des puis
sances.
En résumé, intégrité de l’empire ottoman, autonomie
des principautés danubiennes, neutralité de la mer Noire,
le tout sous la garantie collective des grandes puissances :
telles sont les stipulations essentielles du traité de Paris en
ce qui concerne la question d’Orient. C’était la constitution
solennelle de ce « concert européen » dont l’histoire fut
depuis si complexe et si curieuse.
La Russie y subissait un nouvel échec : le tsar n’était plus
le successeur désigné du sultan, de l’homme malade, dont
il s’était donné un moment pour le coadjuteur. Il était
néanmoins peu atteint : cette neutralité de la mer Noire,
par laquelle on prétendait briser son ambition, pouvait ne
pas être définitive : une grande puissance comme la Russie
pouvait-elle consentir longtemps à une neutralité comme
celle dont on protège la faiblesse des petits États, la Bel
gique ou la Suisse? On ne pouvait empêcher qu’elle fût
voisine de l’empire ottoman, qu’elle y eut des millions de
frères de race et de religion, qu’elle y exerçât, même de
loin, une influence religieuse et politique considérable.
Sans doute l'Europe prenait acte des velléités libérales du
sultan; elle constatait la haute valeur des communications
qu’il voulait bien lui faire à cet égard; mais, sous peine
d’être ridicule, il lui fallait prendre garde que ces promesses
de la Sublime Porte ne fussent pas lettre morte, ne fussent
pas uniquement un moyen de la désarmer, de la tromper.
Or ce n’était pas la première fois que le sultan promettait
sans tenir; ildevait fournir matière à d’autres interventions
de l’Europe. Car cette dramatique histoire de la question
d’Orient, par la répétition de ses actes, par les lenteurs