Full text : La question d'Orient depuis ses origines jusqu' à nos jours

XII

LA  QUESTION  D’ORIENT.
pourront  seuls  résoudre  les  problèmes  multiples  soulevés
par  l’héritage  de  Y  Homme  maZai/e,  que  toutes  les  puissances
s’empressent  autour  de  lui  comme  des  gardes  vigilantes,
d’autant  plus  que  l'homme  malade  a  de  redoutables  retours
de  vigueur  et  que  plus  d’une  des  gardes-malades  songe  de
temps  à  autre  à  utiliser  cette  vigueur  à  son  profit.
M.  Driault  ferme  son  livre  sur  l’espérance  que  l’alliance
franco-russse  donnera  à  la  question  d’Orient  une  solution
conforme  aux  intérêts  de  l’humanité  et  à  ceux  de  la  France.
L’espérance  est  toujours  une  douce  chose  et  l’alliance  russe
a  ce  mérite  aux  yeux  des  Français  de  leur  avoir  fait  connaître ­
  de  nouveau  ce  sentiment  qu’ils  avaient  désappris.
Mais  si  l’espérance  est  douce,  l’illusion  est  dangereuse.  Or,
l’Orient  est  le  pays  des  mirages.  Il  y  a  des  points  de  la
question  d’Orient  que  l’alliance  franco-russe  pourra  résoudre. ­
  Elle  peut,  je  crois,  amener  le  règlement  de  la  question ­
  d’Égypte  en  neutralisant  le  canal  de  Suez  et  les  régions ­
  limitrophes,  sous  la  garantie  de  l’Europe,  sans  dépouiller ­
  l’Angleterre  de  la  situation  prépondérante  qu’elle
s’est  faite  en  Égypte.  Elle  peut,  si  elle  le  veut,  assurer  à  la
Crète  l’autonomie  qui  lui  a  été  promise.  Elle  aurait  pu,
si  elle  l’avait  voulu,  arrêter  les  massacres  d’Arménie  ;
elle  pourrait  encore,  si  elle  le  voulait,  améliorer  sérieusement ­
  la  situation  des  restes  misérables  des  Arméniens  disséminés ­
  en  Asie  mineure.  Mais  je  ne  vois  pas  comment  il  lui
serait  possible  d’arriver  à  des  vues  communes  en  prévision
du  partage  de  l’empire  ottoman.
En  ce  qui  concerne  la  Turquie  d’Europe,  les  prétentions
rivales  des  Bulgares,  des  Serbes,  des  Grecs  et  de  l’Autriche
rendent  impossible  toute  entente  entre  ces  puissances.  Il
fut  un  temps  où  les  Grecs  semblaient  à  tous  les  ennemis
de  la  Turquie  les  héritiers  désignés  de  ses  territoires  d’Europe ­
  ;  il  y  avait  des  Grecs  qui,  dans  leurs  rêves,  voyaient
Constantinople  rendu  à  l’hellénisme.  Ces  rêves  se  sont
dissipés  :  et  beaucoup  de  Grecs  accepteraient,  par  hostilité ­
  contre  leurs  rivaux  chrétiens,  la  domination  turque,  si
les  Turcs  étaient  capables  d’organiser  un  gouvernement
régulier.  Les  Bulgares  sont  aujourd’hui  de  toutes  les  nations ­
  balkaniques  la  plus  militaire,  celle  dont  les  progrès
            
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