Full text : La question d'Orient depuis ses origines jusqu' à nos jours

186  LA  GUERRE  DE  CRIMÉE  ET  SES  SUITES.
l’attention  de  la  Porte  sur  cette  situation  ;  et,  dès  le  6  juin
1853,  au  lendemain  de  l’ambassade  Menchikof,  un  hattishérif
  avait  de  nouveau  proclamé  la  liberté  religieuse  des
sujets  du  sultan.  Ce  n’était  pas  suffisant;  un  acte  plus
explicite  fut  rédigé  par  les  ministres  turcs  et  communiqué
aux  négociateurs  du  Congrès  de  Paris  qui  en  «  constatèrent
la  haute  valeur  ».
Ce  fut  le  hatti-humayoun  du  18  février  1856^  En  voici
les  principales  dispositions,  répétition  en  termes  un  peu
plus  précis  de  la  charte  de  Gulhané  :
«  Les  garanties  promises  de  notre  part  à  tous  les  sujets
de  l’empire  par  le  hatti-humayoun  de  Gulhané  et  les  lois  du
Tanzimât  sans  distinction  de  classe  ni  de  culte,  pour  la
sécurité  de  leurs  personnes  et  de  leurs  biens  et  pour  la
conservation  de  leur  honneur,  sont  aujourd’hui  confirmées
et  consolidées  et  des  mesures  efficaces  seront  prises  pour
qu’elles  reçoivent  leur  plein  et  entier  effet.  »
L’acte  promettait  ensuite  l’égalité  de  tous  devant  la  loi,
le  respect  de  la  propriété  individuelle  et  collective,  l’admission ­
  de  tous  les  sujets  aux  emplois  publics  et  au  service
militaire,  la  liberté  des  cultes,  l’égalité  devant  l’impôt,  la
perception  directe  de  l’impôt  par  l’État,  l’égalité  des  témoignages ­
  en  justice,  l’institution  de  tribunaux  mixtes  pour
toutes  les  causes  commerciales,  correctionnelles  et  criminelles ­
  mixtes,  la  revision  des  privilèges  et  immunités  des
communautés  non  musulmanes,  la  représentation  équitable
de  ces  communautés  dans  les  conseils  communaux  et  provinciaux ­
  et  dans  le  conseil  suprême  de  justice,  la  suppression, ­
  dans  les  actes  officiels,  de  toute  appellation  injurieuse
pour  les  chrétiens,  l’abolition  du  trafie  des  faveurs  et  l’application ­
  sévère  des  lois  contre  la  corruption,  les  concussions
et  les  malversations.
C’était  bien  ;  mais  ce  n’étaient  que  des  principes  théoriques ­
  qu’il  fallait  faire  passer  dans  la  pratique  par  un
ensemble  de  lois  nouvelles,  mieux  encore  par  une  révolution
radicale  dans  l’administration  et  dans  les  mœurs.  Était-ce
possible?
Quant  Abd-ul-Medjid  mourut,  le  25  juin  1861,  il  n’avait
encore  fait  que  peu  de  chose  dans  cette  voie.  Son  successeur, ­
  son  frère  Abd-ul-Aziz,  montra  d’abord  des  dispositions
1.  Voir  le  texte  dans  Engelhardt,  La  Turquie  et  le  Tanzimât,  I,
appendice  n®  2.
            
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