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LA GUERRE DE CRIMÉE ET SES SUITES.
Il y fit une tentative des plus sérieuses dans les derniè
res années du règne de Napoléon III. Le sultan Abd-ul-
Aziz était allé à l'exposition universelle de Paris en I8ô7
et les égards qu’on avait eus pour lui avaient indisposé le
tsar Alexandre II, inquiet de l’influence française à Cons
tantinople et de la renaissance possible de l’empire otto
man. Dès le mois de janvier de la même année, le gouver
nement français avait fait connaître ses vues à la Porte
dans une note sur le hatti-humayoun de 1856 ; il y recom
mandait notamment le développement du système de
l’instruction publique en dehors de l’action des docteurs
de riolam, la réorganisation de l’administration financière,
l’entreprise de grands travaux publics et de grandes voies
de communications, une exploitation enfin régulière des
richesses du sol et du sous-sol.
C’est dans ces vues que fut essayée la constitution d’un
enseignement dégagé de toute confession religieuse et
ouvert en commun aux jeunes gens de toutes les races de
l’empire. Sous la haute direction du ministre des affaires
étrangères, Fuad pacha, et de l’ambassadeur de France,
selon le programme tracé par Victor Duruy, fut fondée
une grande école secondaire ouverte à tous les sujets otto
mans et gérée par des professeurs européens, enseignant
en français. Ce fut comme le symbole de l’action de la
France s’efforçant d’apprendre en sa langue aux peuples
de l’Orient les éléments de la civilisation occidentale. Ce
fut le Lycée de Galata-Seraî, ouvert le I®'’ septembre 1868.
Il excita aussitôt de vives oppositions, toutes celles que
suscitait naturellement l’esprit d’intolérance, celles aussi
des Russes qui se moquèrent de cette Babel universitaire
où l’on prétendait produire une harmonie du concert de
toutes les langues slave, grecque, turque, hébraïque.
Le Lycée n’en eut pas moins très vite une grande pros
périté ; il comptait plus de 600 élèves dès 1869 ; et ils
s’entendaient bien ; ils oubliaient leurs querelles tradition
nelles; ils offraient déjà « le vivant spécimen de ce que
l’empire serait un jour. » On comptait qu’ils seraient
bientôt pour l’empire une pépinière de fonctionnaires
honnêtes, capables et tolérants pour toutes les croyances.
On songeait à étendre l’institution, à fonder sur ce modèle
une série d’établissements provinciaux.
Ce fut la plus belle époque du Tanzimât. La même
année 1868, le sultan créa le Conseil d’État, auquel il