Full text: La question d'Orient depuis ses origines jusqu' à nos jours

194 LA GUEHRE DE GRIMEE ET SES SUITES. 
richesses, et entra dans une période de calme et de pros 
périté. 
D’autres provinces chrétiennes du sultan cherchèrent à 
imiter cet exemple. La Bosnie et l’Herzégovine se plaigni 
rent de l’administration musulmane et appelèrent sur elles 
l’attention. Le Montenegro se souleva encore en 1858, 
battit une armée turque à Grahovo, obtint, grâce à la Russie, 
une nouvelle rectification de frontières. En Serbie, Alexan 
dre Kara-Georgevitch se rendit impopulaire par sa soumis 
sion à l’égard de l’Autriche et de la Porte ; le consul autri 
chien, disait-on, lui soufflait la fumée de son cigare dans 
la figure. Une Skouptchina, dominée par le parti russe, le 
déposa et rappela le vieux Miloch Obrenovitch (janvier 1859). 
A sa mort (1860), son fils Michel lui succéda; il obtint en 
1867 l’évacuation par les garnisons turques des dernières 
forteresses qu’elles occupaient dans la principauté ; les 
sujets ottomans durent s’éloigner. Il fut même un moment 
chargé, moyennant un tribut, du gouvernement de la 
Bosnie, et reconstitua ainsi la Grande-Serbie. Les Kara- 
Georgevitch, appuyés sur l’Autriche, l’assassinèrent en 
1868; mais les Obrenovitch étaient désormais la dynastie 
populaire et nationale ; le neveu de Michel, Milan, fut élu 
prince et une constitution régulière fut appliquée : la 
Skouptchina devint une assemblée représentative élue au 
suffrage presque universel. La Serbie eut dès lors une vie 
politique indépendante. 
D’autres troubles se produisirent ailleurs. Le Liban était 
toujours très agité par la rivalité des Druses musulmans et 
des Maronites chrétiens, ceux-ci protégés par la France 
comme tous les catholiques du Levant, ceux-là comptant 
davantage sur l’Angleterre. Les libertés promises aux chré 
tiens en 1856, l’intervention européenne en leur faveur 
surexcitèrent le fanatisme des musulmans. Peut-être le 
gouvernement ottoman ne fit-il rien pour s’y opposer, dans 
la pensée de trouver dans des désordres un prétexte pour 
ne pas appliquer les réformes : il faudrait alors supposer 
qu’il y mettait quelque mauvaise foi. Du moins, le pacha de 
Beirout, Kourchid, et d’autres fonctionnaires eurent une 
conduite très instructive au sujet des dispositions du per 
sonnel administratif de l’empire. Ce sont des faits qui se 
sont répétés depuis avec des analogies frappantes. 
Le 27 avril 1860, trois Maronites sont assassinés à 
Katouli ; le 16 mai, quatre autres, dont un prêtre, sur la
	        
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