Full text: La question d'Orient depuis ses origines jusqu' à nos jours

LA POLITIQUE DE L’AUTONOMIE. 195 
route de Deir-el-Kamar à Djezzin. Le consul français va 
trouver Kourchid-pacha ; il répond que la responsabilité 
de ces malheurs doit être attribuée au Comité chrétien de 
Beirout, qui proche la haine des mahométans ; ceux-ci sont 
en état de légitime défense. Le 29 mai, la bourgade chré 
tienne de Beit-Meri, puis celles de Hadat, de Baadba, sont 
brûlées ; les soldats turcs et les Bachi-Bouzoucks irrégu 
liers aident les massacreurs et les incendiaires. Nouvelle 
intervention auprès du pacha ; nouvelles plaintes de sa 
part contre l’évêque et le comité chrétien. Les chrétiens 
qui fuient veulent se réfugier à Saïda : les muftis excitent 
les musulmans de la ville, leur donnent des armes, les con 
duisent à la tuerie dans les bois voisins. Les Druses du 
Haouran accourent; à Rasheya, ils tuent 700 chrétiens ; à 
Zahlé, ils détruisent le collège français des jésuites, tuent 
un religieux, parmi bien d’autres victimes. A Hasbeya, à 
Deir-el-Kamar, le 22 juin, les commandants turcs offrent un 
asile aux chrétiens dans leur sérail, leur prennent leurs 
armes, puis ouvrent les portes, les livrent aux Druses. 
Kourchid arrive le soir même à Deir-el-Kamar ; il s’enferme 
jusqu’au lendemain ; alors il ordonne la fin du massacre : il 
n’y avait plus de chrétiens à tuer. 2.000 malheureux, fuyant 
à travers la montagne, purent arriver à la côte et furent 
recueillis par des vaisseaux européens. 
L’émotion fut très vive à ces nouvelles. Le consul fran 
çais de Beirout, M. Bentivoglio, adressa son rapport à 
M. Thouvenel, ministre des affaires étrangères. Celui-ci 
proposa à lord Cowley, ambassadeur d’Angleterre à Paris, 
la réunion d’une commission européenne. 
On apprit bientôt d’autres faits. A Damas, les chrétiens 
étaient très inquiets ; car ils n’étaient que 20.000 contre 
130.000 musulmans. Le 9 juillet, après quelques jours 
d’extrême malaise, le fanatisme de ceux-ci fait explosion ; 
le massacre commence dans le quartier chrétien ; on tue, 
on pille furieusement. Les consulats mêmes ne sont pas 
respectés ; le drogman du consulat russe est tué. Le pacha 
Achmet reste impassible; il déclare qu’il agira; il laisse 
faire. On tue encore le 10, le 11 ; le couvent des Francis 
cains est brûlé ; 8 religieux sont tués ; on compte plusieurs 
centaines de victimes. Et pourtant Abd-el-Kader, indigné 
de cette lâche barbarie, ouvrit les portes de son sérail et 
en sauva 1,500. 
Le 16 juillet, les événements de Damas furent connus à
	        
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