196 LA GUERRE DE CRIMEE ET SES SUITES.
Paris. M. Thouvenel courut à Saint-Cloud chez l’empereur.
Ils décidèrent aussitôt une intervention armée et en pré
vinrent l’Angleterre, en déclarant d’ailleurs qu’il ne s’agis
sait que de faire respecter les chrétiens conformément aux
traités, et que le gouvernement français n’y prétendait
pour lui-même aucun bénéfice matériel. Dès le mois d’août,
fi.000 hommes furent prêts à s’embarquer à Toulon, sous
le commandement du général de Beaufort-d’Hautpoul.
Alors le gouvernement ottoman affecta la plus généreuse
indignation au sujet des malheurs qui venaient de se pro
duire. Le sultan lui-même écrivit à Napoléon III et à la
reine d’Angleterre des lettres très émues, promit la rapide
et sévère punition des coupables, nomma Fuad-pacha com
missaire extraordinaire dans le Liban. Celui-ci partit aus
sitôt, ordonna un procès sommaire devant un tribunal non
moins sommaire, — la justice de la Porte est expéditive,
quand elle veut; — 111 militaires furent fusillés, 57 civils
furent pendus ; 325 coupables furent condamnés au bagne,
145 au bannissement. Abd-el-Kader fut décoré delà grande
plaque de l’ordre du Medjidié. Le pacha Achmet fut con
damné à mort et fusillé sans témoins, avant le jour : beau
coup s’imaginèrent qu’on l’avait fait habilement disparaître.
Quand les Français débarquèrent à Beirout, il n’y avait
plus rien à faire ; la tranquillité était rétablie. Ils furent
invités à parcourir la Montagne, avec les troupes turques
de la région, pour constater que l’ordre y était parfait et
pour y saisir les derniers coupables. Turcs et Français cer
nèrent les rochers les plus inaccessibles : les Turcs ouvri
rent leurs rangs pour laisser fuir le plus grand nombre des
massacreurs ; on ne prit presque personne. Les Français
ne purent que s’apitoyer sur les ruines faites et distribuer
les secours les plus urgents. Cependant la commission des
consuls européens, opérant avec les magistrats turcs,
estima la gravité des troubles, calcula que 6.000 chrétiens
avaient été tués, que les survivants subissaient une perte
de plusieurs millions. Kourchid-pachaet ses officiers furent
condamnés à l’emprisonnement perpétuel ; ils furent emme
nés à Constantinople, où sans doute leur captivité ne fut
pas dure. Les autres coupables furent bannis, transportés
à Tripoli, sauf cela très humainement traités. Quant aux
indemnités pécuniaires, les consuls proposèrent qu’elles
fussent assurées par une contribution extraordinaire levée
sur les Druses. Mais le gouvernement ottoman déclara s’en