LA POLITIQUE DE L’AUTONOMIE.
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tère athénien Coumoundouros se montra disposé à tout
faire pour assurer cette solution. La Russie, favorable,
comptait sur les complications politiques de l’Occident, sur
la guerre austro-prussienne et ses conséquences.
La Porte, sous la pression des grandes puissances, accorda
à la Crète quelques libertés, par le firman du 10 janvier
1868. La Grèce ne voulait s’en contenter ; elle continua ses
armements. Le 2 décembre 1868, le gouvernement ottoman
rompit toutes relations avec elle. La guerre était immi
nente. La conférence des ambassadeurs à Paris, par la noti
fication du 9 janvier 1869, fit défense à la Grèce de former
aucune bande armée, d’équiper aucun bâtiment de guerre à
destination de la Crète. Les Crétois, réduits à eux-mêmes,
luttèrent encore quelques mois. L’insurrection finit par être
étouffée.
La Crète resta sous le régime du firman de 1868L En
voici les termes essentiels. L’administration générale de
Pile est confiée à un vali ou gouverneur général nommé
par le sultan, et le commandement des garnisons à un com
mandant en chef, ces deux postes inaépendants l’un de
l’autre. Le vali est assisté de deux conseillers choisis parle
sultan, l’un parmi les fonctionnaires musulmans, l’autre
parmi les fonctionnaires chrétiens de l’empire. L’ile est
divisée en sandjaks ou arrondissements, dont les gouver
neurs sont moitié des musulmans, moitié des chrétiens, les
gouverneurs musulmans assistés d’adjoints chrétiens et
réciproquement, les uns et les autres nommés par le sultan.
11 y a à côté du vali un conseil d’administration composé
des principaux fonctionnaires, presque tous musulmans, et
de six délégués élus, trois musulmans et trois chrétiens ; il
en est de même du conseil d’administration de chaque sand-
jak ; cependant, dans les sandjaks exclusivement chrétiens,
les six délégués élus sont chrétiens. Il y a enfin, au centre
du gouvernement, un conseil général élu à raison de deux
délégués par kaza ou canton : chaque kaza exclusivement
musulman élit deux délégués musulmans, chaque kaza
exclusivement chrétien deux délégués chrétiens, chaque
kaza mixte un délégué musulman. Ce conseil général doit
s'occuper des travaux publics, des voies de communica
tions, de l’agriculture, du commerce, de l’industrie, de l’ins
truction publique. Toutes ces concessions sont ménagées
1. Livre jaune, affaires de Crète, juin 1894-février 1897.