200 LA GUERRE DE CRIMÉE ET SES SUITES.
pour assurer, on le voit, la prépondérance à l’élément
musulman, quoique la population de l ile soit de 150.000
chrétiens et de 50.000 musulmans.
Jusqu’ici il n’y a de conflit dans l’empire ottoman qu’entre
les représentants des deux religions en présence, les chré
tiens d’une part, les musulmans de l’autre. Mais voici qu’ap
paraissent entre les chrétiens des rivalités grosses de com
plications nouvelles. Le patriarche grec de Constantinople,
élu parles communautés orthodoxes,confirmé parle sultan,
était le chef reconnu des chrétiens de l’empire. Il exerçait
une très grande autorité, par l’autonomie que le gouverne
ment avait toujours laissée aux non-musulmans dans leur
administration intérieure. 11 nommait les évêques, très
puissants eux-mêmes dans les provinces. Or le patriarche
et les évêques grecs travaillaient à helléniser les orthodoxes
des diverses races, et, notamment en Bulgarie, ils avaient
fondé des écoles grecques privilégiées, remplacé dans la
liturgie la langue slave par la langue grecque.
Au contact de l’occupation russe, en 1828, les Bulgares
avaient repris conscience de leur nationalité et commencé
à protester contre la politique du patriarcat. D’année en
année, l’opposition grandit, encouragée par le gouverne
ment russe, persuadé que l’autonomie, d’abord religieuse,
des Slaves de Bulgarie, ne pourrait que lui être avanta
geuse. En 1860, une députation des orthodoxes bulgares se
présenta devant la Porte, et déclara ne plus reconnaître la
suprématie spirituelle du patriarche grec. Le patriarche
Cyrille donna sa démission. Les communautés bulgares
refusèrent de prendre part à l’élection de son successeur.
Alors les dissidents rappelèrent que la primitive église
bulgare avait été constituée par les saints Cyrille et Méthode,
maintenue dans la foi par le pape Nicolas I", fondée ainsi
par l’Église de Rome et non par celle de Byzance. Et ils
se rapprochèrent de la papauté, qui fut disposée d’abord à
les accueillir en leur laissant le rite et la liturgie slaves. Ils
formèrent la communauté des Grecs-Unis ou Uniates, solli
citèrent la protection des catholiques de l’Occident et notam
ment de la France, espérèrent de cette façon échapper à la
fois au panhellénisme et au panslavisme.
La Russie s’inquiéta de ce mouvement. Elle agit pour
empêcher l’union définitive de la Bulgarie avec Rome. A
son instigation, la Porte autorisa les Bulgares à se donner