Full text : La question d'Orient depuis ses origines jusqu' à nos jours

LES  INSURRECTIONS.

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parut  résolu  à  se  mettre  à  la  tête  d’un  vaste  mouvement
slave,  comme  naguère  le  roi  de  Piémont  à  la  tête  des
patriotes  italiens.  Le  général  russe  Tchernaïef  se  mit  à  son
service,  et  fut  chargé  d’abord  de  l’inspection  des  places
fortes  de  la  frontière.
Les  Albanais  musulmans,  inquiets  des  progrès  du  Monténégro, ­
  prirent  les  armes.  La  Bulgarie  se  souleva  en  mai  ;
le  centre  de  l’agitation  était  à  Tatar-Bazardjik,  entre  Sofia
et  Philippopoli  ;  des  agents  de  police  turcs  furent  massacrés ­
  à  Statiza.  Les  Musulmans  y  répondirent  :  les  deux
consuls  allemand  et  français  furent  assassinés  à  Salonique,
le  7  mai.  Les  Bulgares  formèrent  un  gouvernement  national ­
  secret,  détruisirent  la  petite  ville  de  Rakowitza.  La
Porte  concentra  de  nombreuses  troupes  entre  Routchouk,
Widdin  et  Sofia.
Les  trois  empereurs  se  résolurent  à  une  nouvelle  action.
Sur  la  proposition  de  Gortchakof  fut  rédigé  le  Memorandum ­
  de  Berlin,  autrement  menaçant  pour  la  Turquie  que  la
note  du  30  janvier.  Ils  exigeaient  en  Bosnie  et  Herzégovine
la  formation  d’une  commission  de  notables  chrétiens,  l’autorisation ­
  pour  les  chrétiens  de  rester  armés  jusqu’à  l’entier
accomplissement  des  iradés  de  l’année  précédente,  le  droit
pour  les  consuls  ou  délégués  des  grandes  puissances  de
contrôler  l’exécution  des  réformes;  enfin  le  memorandum
se  terminait  par  cette  déclaration  :  «  si,  au  bout  de  deux
mois,  les  puissances  n’ont  pas  réussi  à  atteindre  le  but
qu’elles  se  proposent,  les  trois  cours  impériales  sont  d’avis
qu’il  deviendra  nécessaire  d’ajouter  à  leur  action  diplomatique ­
  la  sanction  d’une  entente  en  vue  de  mesures  efficaces
qui  paraîtraient  réclamées  dans  l’intérêt  de  la  paix  générale,
pour  arrêter  le  mal  et  en  empêcher  le  développement  ».
Il  était  à  croire  que  les  musulmans  du  parti  national
accueilleraient  mal  ces  menaces.  Ils  y  répondirent  d’une
façon  pourtant  imprévue  ‘.  Abd-ul-Aziz  n’avait  pas  leur
confiance.  Dès  le  commencement  de  mai,  5  à  6.000  softas,
armés  sous  leurs  haillons,  s’étaient  présentés  à  la  Sublime
Porte  ;  ils  avaient  exigé  la  destitution  du  grand-vizir  Mahmoud, ­
  inféodé  à  la  politique  russe.  Le  sultan  avait  cédé,
nommé  Mehmed-Ruchdi  grand-vizir  et  Haïroullah-effendi
Gheikh-ul-Islam;  mais  il  en  avait  gardé  un  vif  ressentiment
1.  L’Angleterre  et  la  Russie  en  Orient,  Revue  d’histoire  diplomatique, ­
  1896,  p.  73-83.
            
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