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La GUERRE DES BALKANS.
t parlait d’exterminer les turbulents softas comme son père
avait exterminé les janissaires.
! Il fut prévenu. Quelques régiments de Scutari passèrent
le nuit le Bosphore. Suleïman-pacha, directeur de l’Ecole
militaire de Péra, occupa, à la tête de ses élèves, avec
quelques pièces d’artillerie, la colline qui domine Dolma-
Baghtché, résidence du sultan. D’autres troupes complé
tèrent l’investissement du palais. Le ministre de la guerre
alla chercher au sérail Mourad-effendi, neveu d’Abd-ul-
Aziz. Le malheureux prince refusait de suivre ceux qui vou
laient l’élever au trône à la place de son oncle. On l’en
traîna au milieu de l’orage : une pluie torrentielle tombait,
le tonnerre grondait, les éclairs embrasaient l’horizon de
toutes parts. Mourad, trempé jusqu’aux os, en proie à d’in
dicibles terreurs, redoutant la vengeance d’Abd-ul-Aziz,
répétait sans cesse en sanglotant: « Que vous ai-je donc
fait, pour que vous vouliez ainsi me perdre? »
Quand il fut arrivé au ministère de la guerre, où la plus
grande pièce avait été convertie en salle du trône, le
Cheikh-ul-Islam donna lecture d’un feiva déclarant con
forme au Coran la déchéance d’Abd-ul-Aziz. Puis Mourad
fut proclamé sultan par les ministres, le Cheikh-ul-Islam,
les principaux ulémas, les chefs militaires et les fonction
naires civils.
On se rendit alors au palais. Un officier de la garde se
chargea d’annoncer à Abd-ul-Aziz que, par iradé du sultan
Mourad, il lui était enjoint de quitter sans délai la résidence
de Dolma-Baghtché et de se rendre avec sa famille au pa
lais de Top-Capou. L’officier pénétra jusqu’au chef des
eunuques, qui, à la vue des troupes assemblées autour des
fenêtres, prit peur et courut auprès de la sultane-mère.
Celle-ci épouvantée se rendit chez son fils. Abd-ul-Aziz dor
mait. On l’éveilla. En apprenant ce qui se passait, il entra
dans une violente colère. Mais sa mère le supplia, lui dit le
danger qu’il courait : elle était sûre qu’on le tuerait, s’il
résistait. Eut-il peur, lui aussi ? Il se laissa calmer, entraî
ner par elle à demi vêtu, à travers les escaliers. Elle l’em
mena à Top-Capou, toute heureuse de lui avoir sauvé la
vie. Le nouveau sultan Mourad entra à Dolma-Baghtché,
au milieu d’un grand cortège, au bruit d’interminables
salves d’artillerie, d’acclamations fanatiques annonçant son
avènement à la population (30 mai 1876).
Pour plus de sûreté, le 4 juin suivant, Abd-ul-Aziz fut