Full text : La question d'Orient depuis ses origines jusqu' à nos jours

216

LA  GURHRE  DES  BALKANS.

adressa  la  sommation  de  conclure  l’armistice  dans  les  quarante-huit ­
  heures  ;  sinon,  il  quitterait  immédiatement  Constantinople, ­
  et  la  Turquie  devait  savoir  ce  qu’elle  aurait
ensuite  à  redouter.  Terrifié  par  cette  arrogance,  le  sultan
accorda  l’armistice  le  2  novembre.  La  Serbie  était  sauvée.
Ignatief  venait  de  faire  comme  autrefois  Menchikof  et  avec
plus  de  succès.
Le  ministère  anglais  s'en  effraya,  ordonna  à  sa  flotte
d’aller  mouiller  à  Besika,  à  l’entrée  des  Dardanelles,  et  lord
Beaconsfield,  dans  un  banquet  solennel,  tint  le  langage  le
plus  belliqueux*  :  «  La  guerre  peut  éclater;  il  n’y  a  pas  une
nation  au  monde  qui  mieux  que  ce  pays  soit  préparée  à  la
soutenir  ».  Le  tsar  y  répondit,  dans  un  discours  aux  nobles
de  Moscou,  en  déclarant  que,  «  s’il  ne  pouvait  obtenir,  avec
le  concours  de  l’Europe,  les  garanties  qu’il  était  en  droit
d’exiger  de  la  Turquie,  il  était  bien  résolu  à  agir  seul  et
avait  la  certitude  que,  dans  une  pareille  lutte,  le  pays  tout
entier  serait  avec  lui  ».
Mais  le  gouvernement  anglais  ne  pouvait  pas  compter
sur  la  France  comme  en  1853,  et,  outre  que  la  cause  de
la  Turquie  était  assez  peu  recommandable,  il  n’envisageait
pas  sans  anxiété  la  perspective  d’une  lutte  avec  la  Russie.
Il  jiiga  plus  adroit  d’essayer  encore  de  la  conciliation,  et
fut  disposé  à  prendre  part  à  une  conférence  qui  aurait
pleins  pouvoirs  pour  régler  les  difficultés  pendantes.
En  se  rendant  à  Constantinople,  le  secrétaire  d’État  aux
affaires  étrangères,  lord  Salisbury,  passa  par  Berlin.  Bismarck ­
  lui  déclara  que  l’occupation  de  la  Bulgarie  par  la
Russie  lui  paraîtrait  légitime,  que  le  gouvernement  allemand
ne  cherchait  qu’à  maintenir  l’harmonie  entre  ses  alliés,  les
empereurs  d’Autriche  et  de  Russie,  qu’il  était  absolument
désintéressé  dans  toutes  les  affaires  orientales,  et  qu’à  ses
yeux  «  la  question  d’Orient  ne  valait  pas  les  os  d’un  grenadier ­
  poméranien  ».
La  conférence  de  Constantinople  tint  sa  première  séance
le  11  décembre.  L’Angleterre  y  était  représentée  par  lord
Salisbury  et  lord  Elliot,  l’Allemagne  par  le  baron  de  Werther, ­
  rAutriche-Hongrie  par  le  comte  Zichy  et  le  baron  de
Calice,  la  France  par  le  baron  de  Bourgoing  et  le  comte  de
Ghaudordy,  l’Italie  par  le  comte  Gorti,  et  la  Russie  par  le
général  Ignatief.
1.  Debidour,  Histoire  diplomatique,  II,  p.  497.  Paris,  F.  Alcan.
            
Waiting...

Note to user

Dear user,

In response to current developments in the web technology used by the Goobi viewer, the software no longer supports your browser.

Please use one of the following browsers to display this page correctly.

Thank you.