Full text: La question d'Orient depuis ses origines jusqu' à nos jours

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LA GURHRE DES BALKANS. 
adressa la sommation de conclure l’armistice dans les qua 
rante-huit heures ; sinon, il quitterait immédiatement Cons 
tantinople, et la Turquie devait savoir ce qu’elle aurait 
ensuite à redouter. Terrifié par cette arrogance, le sultan 
accorda l’armistice le 2 novembre. La Serbie était sauvée. 
Ignatief venait de faire comme autrefois Menchikof et avec 
plus de succès. 
Le ministère anglais s'en effraya, ordonna à sa flotte 
d’aller mouiller à Besika, à l’entrée des Dardanelles, et lord 
Beaconsfield, dans un banquet solennel, tint le langage le 
plus belliqueux* : « La guerre peut éclater; il n’y a pas une 
nation au monde qui mieux que ce pays soit préparée à la 
soutenir ». Le tsar y répondit, dans un discours aux nobles 
de Moscou, en déclarant que, « s’il ne pouvait obtenir, avec 
le concours de l’Europe, les garanties qu’il était en droit 
d’exiger de la Turquie, il était bien résolu à agir seul et 
avait la certitude que, dans une pareille lutte, le pays tout 
entier serait avec lui ». 
Mais le gouvernement anglais ne pouvait pas compter 
sur la France comme en 1853, et, outre que la cause de 
la Turquie était assez peu recommandable, il n’envisageait 
pas sans anxiété la perspective d’une lutte avec la Russie. 
Il jiiga plus adroit d’essayer encore de la conciliation, et 
fut disposé à prendre part à une conférence qui aurait 
pleins pouvoirs pour régler les difficultés pendantes. 
En se rendant à Constantinople, le secrétaire d’État aux 
affaires étrangères, lord Salisbury, passa par Berlin. Bis 
marck lui déclara que l’occupation de la Bulgarie par la 
Russie lui paraîtrait légitime, que le gouvernement allemand 
ne cherchait qu’à maintenir l’harmonie entre ses alliés, les 
empereurs d’Autriche et de Russie, qu’il était absolument 
désintéressé dans toutes les affaires orientales, et qu’à ses 
yeux « la question d’Orient ne valait pas les os d’un grena 
dier poméranien ». 
La conférence de Constantinople tint sa première séance 
le 11 décembre. L’Angleterre y était représentée par lord 
Salisbury et lord Elliot, l’Allemagne par le baron de Wer 
ther, rAutriche-Hongrie par le comte Zichy et le baron de 
Calice, la France par le baron de Bourgoing et le comte de 
Ghaudordy, l’Italie par le comte Gorti, et la Russie par le 
général Ignatief. 
1. Debidour, Histoire diplomatique, II, p. 497. Paris, F. Alcan.
	        
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