Full text : La question d'Orient depuis ses origines jusqu' à nos jours

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LA  GUERRE  DES  BALKANS.

jusqu’au  rempart  de  Trajan,  y  concentrèrent  des  troupes
nombreuses,  pensant  que  la  plus  grande  partie  de  l’armée
ennemie  allait  suivre  le  général  Zimmermann.  Ce  n’était
qu’une  feinte.
Cependant  le  grand-duc  Nicolas  avait  fixé  le  principal
point  de  passage  à  Zimnitza,  en  face  de  Sistova,  à  l’endroit
où  le  fleuve  se  rapproche  le  plus  des  Balkans.  Pour  donner
le  change,  le  tsar  s’était  porté  de  Ploiesci  à  Tumu-Magurele,
en  face  de  Nicopolis,  et  les  attachés  militaires  étrangers,
qui  suivaient  l’état-major  russe,  avaient  été  tous  trompés
sur  ses  intentions.  L’armée  se  rangea  en  silence  en  arrière
de  Zimnitza,  sous  la  direction  des  généraux  Dragomirow  et
Richter.  Elle  commença  à  passer  sur  des  radeaux  dans  la
nuit  du  26  au  27  juin  ;  elle  ne  trouva  que  quelques  bataillons ­
  turcs  en  face  d’elle  ;  le  général  Skobelef,  arrivé  l’un
des  premiers  sur  l’autre  rive,  les  dispersa  sans  beaucoup  de
peine.  L’opération  se  continuait  si  aisément  que  le  général
Dragomirow  craignit  un  piège  et  se  hâta  de  rejoindre
Skobelef.  Les  Turcs  avaient  abandonné  Sistova  :  la  ville  fut
occupée  sans  coup  férir  le  matin  du  27  juin,  et,  les  jours
suivants,  l’armée  russe  franchit  le  Danube  presque  aussi
commodément  que  si  elle  avait  été  en  pays  ami.  Le  tsar
vint  à  Sistova  le  28,  y  passa  les  troupes  en  revue,  se  rendit
à  l’église  au  milieu  d’un  grand  enthousiasme,  par  les  rues
jonchées  de  fleurs,  y  entendit  un  Te  Deum  et  communia.
Le  2  juillet,  la  cavalerie  du  général  Gourko  entra  dans
Biela,  sur  la  Jantra,  et  des  éclaireurs  partirent  dans  toutes
les  directions  à  travers  la  Bulgarie,  jusqu’au  Vid  à  droite,
au  Lom  à  gauche,  aux  Balkans  vers  le  Sud.  Toute  cette
opération  avait  été  conduite  «  avec  une  finesse  et  un  talent
merveilleux  ».
Qu’allaient  faire  les  Russes  ?  La  masse  de  l’armée  ottomane ­
  était  concentrée  dans  le  quadrilatère  Routchouk-Silistrie-Varna-Choumla,
  ainsi  en  face  du  général  Zimmermann ­
  et  sur  le  flanc  gauche  de  la  principale  armée  russe.
Fallait-il  entreprendre  la  conquête  de  toutes  ces  places
fortes?  Ce  pouvait  être  long.  Ce  serait  assurément  peu  brillant, ­
  et  il  importait,  pour  répondre  à  l’attente  des  populations ­
  chrétiennes,  de  frapper  fort  et  vite.  L’état-major  russe
se  décida  à  tenter  une  pointe  rapide  à  travers  les  Balkans,
sur  Andrinople  et  Constantinople.  L’entreprise  fut  confiée  à
un  admirable  général  de  cavalerie,  Gourko  ;  pendant  qu’elle
s’accomplirait,  le  reste  de  l’armée,  sous  le  grand-duc  Nico-
            
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